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Terminale Spé Maths / Chapitre 9 : Dénombrement

Dénombrement : le cours

Dénombrer, c'est compter sans énumérer.

  • Combien de codes possibles ?
  • Combien de mains de cartes ?
  • Combien de comités ?
  • Combien de chemins ?

Ce chapitre est la base des probabilités en situation d'équiprobabilité : P=cas favorablescas possiblesP=\dfrac{\text{cas favorables}}{\text{cas possibles}}. Il n'y a pas de formule magique : il faut choisir le bon modèle.

Dans tout le cours, tu verras des astuces 💡, des pièges ⚠️ et un peu d'humour 😄.

🎯 Comment utiliser ce cours

  • Lis une partie, puis fais tout de suite la fiche correspondante.
  • Devant un problème, pose-toi toujours deux questions : « L'ordre compte-t-il ? » « Peut-on répéter un élément ? » Le tableau de la partie 7 en découle.
  • Entraîne-toi à rédiger le raisonnement en français : « on choisit d'abord… puis… ». C'est ce que le correcteur veut lire, pas seulement le résultat.

1. Ensembles et cardinal

Le cardinal d'un ensemble fini EE, noté ∣E∣|E| ou Card(E)\text{Card}(E), est son nombre d'éléments. Soient AA et BB deux parties d'un ensemble EE de cardinal nn.

Réunion :

∣A∪B∣=∣A∣+∣B∣−∣A∩B∣|A\cup B|=|A|+|B|-|A\cap B|

Si AA et BB sont disjoints (A∩B=∅A\cap B=\varnothing), alors ∣A∪B∣=∣A∣+∣B∣|A\cup B|=|A|+|B|.

Complémentaire : ∣A‾∣=n−∣A∣|\overline A|=n-|A|

Produit cartésien : ∣A×B∣=∣A∣×∣B∣|A\times B|=|A|\times|B|

Exemple. Dans une classe de 3030 élèves :

  • 1818 font de l'anglais ;
  • 1515 font de l'espagnol ;
  • 55 font les deux.

Élèves qui font au moins une des deux langues : 18+15−5=2818+15-5=28.

Élèves qui n'en font aucune : 30−28=230-28=2.

2. Les principes additif et multiplicatif

Principe additif. Si un ensemble se partage en cas disjoints, on additionne les nombres de possibilités de chaque cas.

Principe multiplicatif. On effectue successivement des choix :

  • le premier choix offre n1n_1 possibilités ;
  • le deuxième en offre n2n_2, quel que soit le premier ;
  • et ainsi de suite jusqu'au dernier.

Alors le nombre total de possibilités est :

n1×n2×⋯×npn_1\times n_2\times\dots\times n_p

Un arbre de dénombrement illustre le principe multiplicatif : chaque branche est un choix ; chaque chemin est une possibilité.

Exemple. Un menu se compose de :

  • une entrée (33 choix) ;
  • un plat (44 choix) ;
  • un dessert (22 choix).

Nombre de menus : 3×4×2=243\times4\times2=24.

💡 Astuce : « et » se traduit par ×\times (choix successifs). « ou » se traduit par ++ (cas disjoints).

3. Les kk-uplets (avec répétition possible)

Un kk-uplet d'éléments d'un ensemble EE de cardinal nn est une suite ordonnée (x1,x2,…,xk)(x_1,x_2,\dots,x_k) où les éléments peuvent se répéter. Il y a nkn^k kk-uplets.

Cela modélise les tirages successifs avec remise : codes, mots, lancers de dés ou de pièces.

Exemples.

Un digicode à 44 chiffres : 104=10 00010^4=10\,000 codes.

Un mot de 55 lettres (sans souci du sens) : 265=11 881 37626^5=11\,881\,376 mots.

Applications d'un ensemble à pp éléments vers un ensemble à nn éléments : npn^p (on choisit une image pour chaque élément).

4. Permutations et kk-uplets d'éléments distincts

Factorielle : n!=n×(n−1)×⋯×2×1n!=n\times(n-1)\times\dots\times2\times1, avec 0!=10!=1.

Permutations : il y a n!n! façons d'ordonner nn éléments distincts.

kk-uplets d'éléments distincts (arrangements) : le nombre de kk-uplets d'éléments deux à deux distincts d'un ensemble à nn éléments (k≤nk\le n) est :

n×(n−1)×⋯×(n−k+1)=n!(n−k)!n\times(n-1)\times\dots\times(n-k+1)=\frac{n!}{(n-k)!}

Cela modélise les tirages successifs sans remise : podiums, bureaux (président, secrétaire, trésorier), mots à lettres distinctes.

Exemples.

Un podium (1er, 2e, 3e) parmi 88 coureurs : 8×7×6=3368\times7\times6=336.

Six personnes dans une file : 6!=7206!=720.

⚠️ Piège : n!n! grandit très vite (10!=3 628 80010!=3\,628\,800). Pour n!(n−k)!\dfrac{n!}{(n-k)!}, on ne garde que les kk premiers facteurs, sans développer les factorielles.

5. Parties d'un ensemble et combinaisons

Un ensemble EE à nn éléments a 2n2^n parties. Pour chaque élément, on choisit « dedans » ou « dehors » : 22 choix, nn fois.

Une combinaison de kk éléments de EE est une partie de EE à kk éléments :

  • l'ordre ne compte pas ;
  • il n'y a pas de répétition.

Leur nombre se note (nk)\dbinom nk et se lit « kk parmi nn ». Sur la calculatrice, c'est la touche nCr. En Python, c'est comb(n, k).

Formule :

(nk)=n!k! (n−k)!=n×(n−1)×⋯×(n−k+1)k!\binom nk=\frac{n!}{k!\,(n-k)!}=\frac{n\times(n-1)\times\dots\times(n-k+1)}{k!}

Pourquoi ? Il y a n!(n−k)!\dfrac{n!}{(n-k)!} kk-uplets distincts. Chaque partie à kk éléments correspond à k!k! de ces kk-uplets (ses k!k! ordres possibles). On divise donc par k!k!.

Valeurs et propriétés :

  • (n0)=1\dbinom n0=1
  • (n1)=n\dbinom n1=n
  • (n2)=n(n−1)2\dbinom n2=\dfrac{n(n-1)}2
  • (nn)=1\dbinom nn=1

Symétrie : (nk)=(nn−k)\dbinom nk=\dbinom n{n-k}. Choisir les kk éléments retenus revient à choisir les n−kn-k éléments écartés.

Relation de Pascal :

(nk)+(nk+1)=(n+1k+1)\binom nk+\binom n{k+1}=\binom{n+1}{k+1}

Le triangle de Pascal. La ligne nn contient (n0),(n1),…,(nn)\dbinom n0,\dbinom n1,\dots,\dbinom nn. Chaque terme est la somme des deux termes situés au-dessus de lui.

  • ligne 00 : 11
  • ligne 11 : 1  11\ \ 1
  • ligne 22 : 1  2  11\ \ 2\ \ 1
  • ligne 33 : 1  3  3  11\ \ 3\ \ 3\ \ 1
  • ligne 44 : 1  4  6  4  11\ \ 4\ \ 6\ \ 4\ \ 1
  • ligne 55 : 1  5  10  10  5  11\ \ 5\ \ 10\ \ 10\ \ 5\ \ 1
  • ligne 66 : 1  6  15  20  15  6  11\ \ 6\ \ 15\ \ 20\ \ 15\ \ 6\ \ 1

💡 Astuces :

  • Pour calculer (nk)\dbinom nk à la main, utilise la symétrie pour prendre le plus petit des deux nombres. (1210)=(122)=66\dbinom{12}{10}=\dbinom{12}2=66.
  • Tirage simultané (sans ordre, sans remise) : pense combinaison.
  • Comité, main de cartes, échantillon : combinaison.

6. Somme des coefficients et formule du binôme

Somme des (nk)\dbinom nk :

(n0)+(n1)+⋯+(nn)=2n\binom n0+\binom n1+\dots+\binom nn=2^n

Justification : chaque partie de EE a un cardinal kk compris entre 00 et nn. Le total des parties est donc la somme des (nk)\dbinom nk, et il vaut 2n2^n.

Formule du binôme de Newton : pour tous réels aa, bb et tout entier n≥0n\ge0 :

(a+b)n=∑k=0n(nk) an−k bk(a+b)^n=\sum_{k=0}^n\binom nk\,a^{n-k}\,b^k

Par exemple :

(a+b)4=a4+4a3b+6a2b2+4ab3+b4(a+b)^4=a^4+4a^3b+6a^2b^2+4ab^3+b^4

Les coefficients sont ceux de la ligne 44 du triangle.

Deux conséquences :

  • Avec a=b=1a=b=1, on retrouve la somme 2n2^n.
  • Avec a=1a=1 et b=−1b=-1, pour n≥1n\ge1 : ∑k=0n(−1)k(nk)=0\displaystyle\sum_{k=0}^n(-1)^k\binom nk=0. Les parties de cardinal pair et celles de cardinal impair sont aussi nombreuses : 2n−12^{n-1} chacune.

7. Choisir le bon modèle

  • L'ordre compte et on peut répéter : kk-uplets, nkn^k. Tirages successifs avec remise, codes.
  • L'ordre compte et on ne répète pas : n!(n−k)!\dfrac{n!}{(n-k)!}. Tirages successifs sans remise, podiums, bureaux. Si on prend tous les éléments : n!n! (permutations).
  • L'ordre ne compte pas et on ne répète pas : (nk)\dbinom nk. Tirage simultané, comités, mains de cartes.

Les grandes stratégies :

Choisir successivement (principe multiplicatif).

Décide dans quel ordre choisir, en commençant par la contrainte la plus forte.

Par exemple, le premier chiffre d'un nombre, qui ne peut pas être 00.

Séparer en cas disjoints (principe additif). Par exemple : « exactement 22 rouges », puis « exactement 33 rouges ».

Passer au complémentaire pour « au moins un ». Nombre total −- nombre de cas où il n'y en a aucun.

Choisir des positions pour les anagrammes.

ANANAS a 33 A, 22 N et 11 S.

Places des A : (63)=20\dbinom63=20.

Places des N parmi les 33 restantes : (32)=3\dbinom32=3.

Le S prend la dernière place.

Total : 20×3=6020\times3=60.

Compter des chemins sur un quadrillage. De (0,0)(0{,}0) à (a,b)(a,b), avec des pas vers la droite et vers le haut. On choisit lesquels des a+ba+b pas sont vers le haut : (a+bb)\dbinom{a+b}b.

⚠️ Pièges :

  • Confondre ordre et non-ordre : compter les comités {A,B}\{A,B\} et {B,A}\{B,A\} comme deux comités différents.
  • Additionner au lieu de multiplier (ou l'inverse).
  • Compter deux fois le même cas quand les cas ne sont pas disjoints.
  • Oublier les contraintes (un nombre ne commence pas par 00).

😄 Si ton résultat dépasse le nombre d'atomes de l'univers pour un digicode, c'est peut-être que tu as multiplié quand il fallait additionner.

8. Dénombrement et probabilités

Quand toutes les issues sont équiprobables :

P(A)=∣A∣∣Ω∣P(A)=\frac{|A|}{|\Omega|}

c'est-à-dire cas favorablescas possibles\dfrac{\text{cas favorables}}{\text{cas possibles}}. Pour un tirage au hasard :

  • on dénombre Ω\Omega au dénominateur ;
  • on dénombre AA au numérateur ;
  • avec le même modèle (avec ou sans ordre).

9. Python

from math import comb, factorial, perm

factorial(6)   # 720
perm(8, 3)     # 336 (k-uplets d'éléments distincts)
comb(10, 3)    # 120

from itertools import product, permutations, combinations

len(list(product(range(10), repeat=3)))   # 1000 codes
len(list(permutations(range(5), 3)))      # 60
len(list(combinations(range(5), 3)))      # 10

💡 Énumérer par Python permet de vérifier un dénombrement pour de petites valeurs.

10. Les 10 pépites du chapitre

  1. Deux questions : l'ordre compte-t-il ? peut-on répéter ?
  2. « Et » =×=\times, « ou » =+=+.
  3. « Au moins un » : passe au complémentaire.
  4. Commence par la contrainte la plus forte quand tu choisis successivement.
  5. Tirage simultané, comité, main de cartes : combinaison.
  6. Podium, bureau, mot à lettres distinctes : kk-uplet d'éléments distincts.
  7. Utilise la symétrie (nk)=(nn−k)\dbinom nk=\dbinom n{n-k} pour simplifier.
  8. Un ensemble à nn éléments a 2n2^n parties.
  9. Pour une probabilité, garde le même modèle au numérateur et au dénominateur.
  10. Vérifie avec de petites valeurs (n=3n=3 ou 44) ou avec Python.

Complément du programme : parties, mots binaires et nn-uplets

Un ensemble EE à nn éléments a 2n2^n parties. On peut le voir de trois façons équivalentes.

  • Une partie de EE ;
  • un mot binaire de longueur nn (le bit ii vaut 11 si le ii-ème élément est dans la partie, 00 sinon) ;
  • un nn-uplet de {0 ; 1}\{0\,;\,1\}, c'est-à-dire un élément de {0 ; 1}n\{0\,;\,1\}^n.

Exemple. Pour E={a ; b ; c}E=\{a\,;\,b\,;\,c\}, la partie {a ; c}\{a\,;\,c\} correspond au mot 101101.

Mot000000001001010010011011100100101101110110111111
Partie ∅\varnothing {c}\{c\} {b}\{b\} {b ; c}\{b\,;\,c\} {a}\{a\} {a ; c}\{a\,;\,c\} {a ; b}\{a\,;\,b\} EE

Il y a bien 23=82^3=8 parties. C'est aussi le nombre d'issues d'un schéma de Bernoulli à 33 épreuves (chaque épreuve : succès 11 ou échec 00).

n = 3
for k in range(2 ** n):
    print(format(k, '03b'))   # affiche les 8 mots 000, 001, ..., 111

Complément du programme : mélanger une liste avec Python

Pour tirer une permutation au hasard, on utilise `shuffle` :

from random import shuffle

liste = [1, 2, 3, 4, 5]
shuffle(liste)
print(liste)   # par exemple [3, 1, 5, 2, 4]

11. Ce qui peut tomber au bac

  • Des principes de dénombrement, kk-uplets, permutations, arrangements (fiche 1).
  • Des combinaisons, tirages simultanés, mains, comités, chemins, anagrammes (fiche 2).
  • Le triangle de Pascal, le binôme de Newton et des démonstrations par dénombrement (fiche 3).
  • Des problèmes de type bac mêlant dénombrement et probabilités, avec Python (fiche 4 et exercices type bac).

Tu as maintenant le cours. Passe aux quatre fiches, aux exercices type bac, puis au Guide de rédaction du chapitre.

Un doute sur ce chapitre ? On en parle ensemble, sans engagement.

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