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Terminale Spé Maths / Chapitre 13 : Sommes de variables aléatoires et concentration

Sommes de variables aléatoires et concentration : le cours

Le dernier chapitre du programme répond à une question très naturelle : que se passe-t-il quand on répète une expérience un grand nombre de fois ? La moyenne des résultats se stabilise. Ce chapitre explique pourquoi, et surtout avec quelle précision.

Trois idées, dans l'ordre :

  • l'espérance et la variance d'une somme de variables aléatoires ;
  • l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, qui contrôle l'écart à l'espérance ;
  • la loi des grands nombres, qui en découle.

Dans tout le cours, tu verras des astuces 💡, des pièges ⚠️ et un peu d'humour 😄.

🎯 Comment utiliser ce cours

  • Lis une partie, puis fais tout de suite la fiche correspondante.
  • Retiens le fil rouge du chapitre : l'espérance s'additionne toujours, la variance s'additionne seulement pour des variables indépendantes.
  • Pour une inégalité de concentration, écris toujours : la variable, son espérance, sa variance, le δ\delta choisi.

1. Espérance, variance, écart-type

Soit XX une variable aléatoire prenant les valeurs x1,…,xrx_1,\dots,x_r avec les probabilités p1,…,prp_1,\dots,p_r.

  • Espérance : E(X)=∑i=1rpixiE(X)=\displaystyle\sum_{i=1}^rp_ix_i (la valeur moyenne).
  • Variance : V(X)=∑i=1rpi(xi−E(X))2V(X)=\displaystyle\sum_{i=1}^rp_i\big(x_i-E(X)\big)^2 (l'écart quadratique moyen à l'espérance).
  • Écart-type : σ(X)=V(X)\sigma(X)=\sqrt{V(X)}.

Formule de König-Huygens :

V(X)=E(X2)−(E(X))2avecE(X2)=∑i=1rpi xi2V(X)=E\left(X^2\right)-\big(E(X)\big)^2\qquad\text{avec}\quad E\left(X^2\right)=\sum_{i=1}^rp_i\,x_i^2

C'est souvent le calcul le plus rapide.

Transformation affine. Pour aa et bb réels :

E(aX+b)=a E(X)+bV(aX+b)=a2 V(X)σ(aX+b)=∣a∣ σ(X)E(aX+b)=a\,E(X)+b\qquad V(aX+b)=a^2\,V(X)\qquad\sigma(aX+b)=|a|\,\sigma(X)

La variable Z=X−E(X)σ(X)Z=\dfrac{X-E(X)}{\sigma(X)} est centrée réduite : E(Z)=0E(Z)=0 et V(Z)=1V(Z)=1.

⚠️ Pièges :

  • V(aX+b)=a2V(X)V(aX+b)=a^2V(X) : la constante bb ne compte pas, et aa est au carré.
  • σ(aX+b)=∣a∣ σ(X)\sigma(aX+b)=|a|\,\sigma(X) : une valeur absolue, jamais un signe moins.
  • Une variance est toujours positive : si tu trouves une variance négative, tu as fait une erreur (souvent oublier de soustraire E(X)2E(X)^2 correctement).

2. Somme de variables aléatoires

Soient XX et YY deux variables aléatoires définies sur le même univers.

Linéarité de l'espérance. Pour aa et bb réels :

E(X+Y)=E(X)+E(Y)E(aX+bY)=a E(X)+b E(Y)E(X+Y)=E(X)+E(Y)\qquad E(aX+bY)=a\,E(X)+b\,E(Y)

Cela vaut toujours, que XX et YY soient indépendantes ou non.

3. Indépendance de variables aléatoires

Deux variables aléatoires XX et YY sont indépendantes si, pour toutes valeurs xix_i de XX et yjy_j de YY :

P(X=xi et Y=yj)=P(X=xi)×P(Y=yj)P\big(X=x_i\ \text{et}\ Y=y_j\big)=P(X=x_i)\times P(Y=y_j)

Variance d'une somme. Si XX et YY sont indépendantes :

V(X+Y)=V(X)+V(Y)et aussiV(X−Y)=V(X)+V(Y)V(X+Y)=V(X)+V(Y)\qquad\text{et aussi}\qquad V(X-Y)=V(X)+V(Y)

Plus généralement, pour nn variables indépendantes X1,…,XnX_1,\dots,X_n : V(X1+⋯+Xn)=V(X1)+⋯+V(Xn)V(X_1+\dots+X_n)=V(X_1)+\dots+V(X_n).

⚠️ Pièges :

  • Sans indépendance, V(X+Y)≠V(X)+V(Y)V(X+Y)\neq V(X)+V(Y) en général. Exemple : XX de Bernoulli et Y=1−XY=1-X donnent X+Y=1X+Y=1, de variance 00.
  • V(X−Y)=V(X)+V(Y)V(X-Y)=V(X)+V(Y) : les variances s'additionnent aussi pour une différence.
  • Ne confonds pas les variances (qui s'additionnent) et les écarts-types (qui ne s'additionnent pas : σ(X+Y)=V(X)+V(Y)\sigma(X+Y)=\sqrt{V(X)+V(Y)}).

😄 L'espérance est généreuse : elle s'additionne sans poser de questions. La variance est méfiante : elle ne s'additionne que si les variables ne se parlent pas.

4. Loi de Bernoulli et loi binomiale

Une variable XX de Bernoulli de paramètre pp prend la valeur 11 (avec la probabilité pp) ou 00 (avec la probabilité 1−p1-p).

E(X)=1×p+0×(1−p)=pV(X)=E(X2)−p2=p−p2=p(1−p)E(X)=1\times p+0\times(1-p)=p\qquad V(X)=E\left(X^2\right)-p^2=p-p^2=p(1-p)

Une variable XX de loi binomiale B(n,p)\mathcal B(n,p) est la somme de nn variables de Bernoulli indépendantes de paramètre pp : X=X1+⋯+XnX=X_1+\dots+X_n.

Démonstration de E(X)=npE(X)=np et V(X)=np(1−p)V(X)=np(1-p).

Par linéarité : E(X)=E(X1)+⋯+E(Xn)=n pE(X)=E(X_1)+\dots+E(X_n)=n\,p.

Par indépendance : V(X)=V(X1)+⋯+V(Xn)=n p(1−p)V(X)=V(X_1)+\dots+V(X_n)=n\,p(1-p).

5. Échantillon, somme, moyenne

Un échantillon de taille nn de la variable XX est une liste (X1,…,Xn)(X_1,\dots,X_n) de variables indépendantes qui suivent toutes la même loi que XX. On note :

Sn=X1+⋯+XnMn=SnnS_n=X_1+\dots+X_n\qquad M_n=\frac{S_n}n
Somme SnS_n Moyenne Mn=SnnM_n=\dfrac{S_n}n
Espérance E(Sn)=n E(X)E(S_n)=n\,E(X) E(Mn)=E(X)E(M_n)=E(X)
Variance V(Sn)=n V(X)V(S_n)=n\,V(X) V(Mn)=V(X)nV(M_n)=\dfrac{V(X)}n
Écart-type σ(Sn)=σ(X)n\sigma(S_n)=\sigma(X)\sqrt n σ(Mn)=σ(X)n\sigma(M_n)=\dfrac{\sigma(X)}{\sqrt n}

Cela explique le principe fondamental : la moyenne d'un échantillon est moins dispersée que chaque observation. Son écart-type est divisé par n\sqrt n.

6. Inégalité de Bienaymé-Tchebychev

Théorème. Soit XX une variable aléatoire d'espérance μ\mu et de variance V(X)V(X). Pour tout réel δ>0\delta>0 :

P(∣X−μ∣≥δ)≤V(X)δ2P\big(|X-\mu|\ge\delta\big)\le\frac{V(X)}{\delta^2}

Pourquoi ? Pour tout résultat, (X−μ)2≥δ2(X-\mu)^2\ge\delta^2 lorsque ∣X−μ∣≥δ|X-\mu|\ge\delta, et (X−μ)2≥0(X-\mu)^2\ge0 sinon. En prenant l'espérance : V(X)=E((X−μ)2)≥δ2 P(∣X−μ∣≥δ)V(X)=E\left((X-\mu)^2\right)\ge\delta^2\,P(|X-\mu|\ge\delta).

Forme complémentaire : P(∣X−μ∣<δ)≥1−V(X)δ2P\big(|X-\mu|<\delta\big)\ge1-\dfrac{V(X)}{\delta^2}.

Inégalité de concentration (pour la moyenne). Appliquée à MnM_n (d'espérance μ\mu et de variance V(X)n\dfrac{V(X)}n) :

P(∣Mn−μ∣≥δ)≤V(X)n δ2P\big(|M_n-\mu|\ge\delta\big)\le\frac{V(X)}{n\,\delta^2}

7. Loi des grands nombres

Loi faible des grands nombres. Pour tout δ>0\delta>0 :

lim⁡n→+∞P(∣Mn−μ∣≥δ)=0\lim_{n\to+\infty}P\big(|M_n-\mu|\ge\delta\big)=0

Preuve : d'après l'inégalité de concentration, 0≤P(∣Mn−μ∣≥δ)≤V(X)nδ2→00\le P\big(|M_n-\mu|\ge\delta\big)\le\dfrac{V(X)}{n\delta^2}\to0 ; on conclut avec le théorème des gendarmes.

Cas d'un succès de probabilité pp. La fréquence Fn=XnnF_n=\dfrac{X_n}n de succès sur nn épreuves (avec Xn∼B(n,p)X_n\sim\mathcal B(n,p)) vérifie E(Fn)=pE(F_n)=p et V(Fn)=p(1−p)nV(F_n)=\dfrac{p(1-p)}n. Donc :

P(∣Fn−p∣≥δ)≤p(1−p)n δ2≤14nδ2(car p(1−p)≤14)P\big(|F_n-p|\ge\delta\big)\le\frac{p(1-p)}{n\,\delta^2}\le\frac1{4n\delta^2}\qquad\left(\text{car }p(1-p)\le\frac14\right)

💡 Dimensionner un échantillon. Pour garantir P(∣Fn−p∣<δ)≥1−αP\big(|F_n-p|<\delta\big)\ge1-\alpha, il suffit que 14nδ2≤α\dfrac1{4n\delta^2}\le\alpha, c'est-à-dire n≥14αδ2n\ge\dfrac1{4\alpha\delta^2}. Avec δ=0,01\delta=0{,}01 et α=0,05\alpha=0{,}05 : n≥50 000n\ge50\,000.

⚠️ Pièges :

  • Bienaymé-Tchebychev donne une majoration, souvent large : elle ne donne pas la probabilité exacte.
  • L'inégalité est vide de sens quand V(X)δ2≥1\dfrac{V(X)}{\delta^2}\ge1 (une probabilité est toujours ≤1\le1).
  • La loi des grands nombres parle d'une probabilité qui tend vers 00, pas d'une certitude.

8. Python

import random

def esperance(valeurs, probas):
    return sum(x * p for x, p in zip(valeurs, probas))

def variance(valeurs, probas):
    m = esperance(valeurs, probas)
    return sum(p * (x - m)**2 for x, p in zip(valeurs, probas))

def moyenne_des(n):
    return sum(random.randint(1, 6) for _ in range(n)) / n

💡 moyenne_des(100000) renvoie une valeur proche de 3,53{,}5 : c'est la loi des grands nombres. Relance plusieurs fois : les résultats varient peu.

9. Les 10 pépites du chapitre

  1. E(X)=∑pixiE(X)=\sum p_ix_i ; V(X)=E(X2)−E(X)2V(X)=E(X^2)-E(X)^2.
  2. V(aX+b)=a2V(X)V(aX+b)=a^2V(X) : le bb disparaît, le aa est au carré.
  3. L'espérance s'additionne toujours : E(X+Y)=E(X)+E(Y)E(X+Y)=E(X)+E(Y).
  4. La variance s'additionne seulement pour des variables indépendantes.
  5. V(X−Y)=V(X)+V(Y)V(X-Y)=V(X)+V(Y) pour des variables indépendantes.
  6. Bernoulli : E=pE=p, V=p(1−p)V=p(1-p). Binomiale : E=npE=np, V=np(1−p)V=np(1-p).
  7. Moyenne d'un échantillon : σ(Mn)=σn\sigma(M_n)=\dfrac\sigma{\sqrt n}.
  8. Bienaymé-Tchebychev : P(∣X−μ∣≥δ)≤V(X)δ2P(|X-\mu|\ge\delta)\le\dfrac{V(X)}{\delta^2}.
  9. Concentration : P(∣Mn−μ∣≥δ)≤V(X)nδ2P(|M_n-\mu|\ge\delta)\le\dfrac{V(X)}{n\delta^2}.
  10. Dimensionner : n≥V(X)α δ2n\ge\dfrac{V(X)}{\alpha\,\delta^2} (ou 14αδ2\dfrac1{4\alpha\delta^2} pour une fréquence).

Complément du programme : pourquoi V(X+Y)=V(X)+V(Y)V(X+Y)=V(X)+V(Y)

Pour deux variables indépendantes, on admet que E(XY)=E(X) E(Y)E(XY)=E(X)\,E(Y). On en déduit la formule de la variance d'une somme.

Démonstration. On développe V(X+Y)=E((X+Y)2)−(E(X)+E(Y))2V(X+Y)=E\left((X+Y)^2\right)-\left(E(X)+E(Y)\right)^2 :

V(X+Y)=E(X2)+2E(XY)+E(Y2)−E(X)2−2E(X)E(Y)−E(Y)2V(X+Y)=E(X^2)+2E(XY)+E(Y^2)-E(X)^2-2E(X)E(Y)-E(Y)^2

On regroupe : V(X+Y)=V(X)+V(Y)+2[E(XY)−E(X)E(Y)]V(X+Y)=V(X)+V(Y)+2\left[E(XY)-E(X)E(Y)\right].

Par indépendance, le crochet est nul. Donc V(X+Y)=V(X)+V(Y)V(X+Y)=V(X)+V(Y). □\square

Sans indépendance, il reste le terme 2[E(XY)−E(X)E(Y)]2\left[E(XY)-E(X)E(Y)\right], qu'on appelle covariance (hors programme).

10. Ce qui peut tomber au bac

  • L'espérance, la variance, l'écart-type, la transformation affine (fiche 1).
  • Les sommes de variables, l'indépendance et la loi binomiale comme somme (fiche 2).
  • L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev appliquée à une variable ou à une loi binomiale (fiche 3).
  • La loi des grands nombres, l'échantillonnage et la simulation avec Python (fiche 4 et exercices type bac).

Tu as maintenant le cours. Passe aux quatre fiches, aux exercices type bac, puis au Guide de rédaction du chapitre.

Un doute sur ce chapitre ? On en parle ensemble, sans engagement.

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