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Terminale Spé Maths / Chapitre 3 : Continuité et TVI

Continuité et TVI : le cours

Une fonction continue, c'est une fonction dont la courbe se trace sans lever le crayon.

Cette image simple cache un théorème puissant : le théorème des valeurs intermédiaires.

Il garantit qu'une équation a une solution sans avoir besoin de la calculer.

C'est l'outil de base de tous les exercices « montrer que l'équation f(x)=kf(x)=k admet une unique solution ».

Dans tout le cours, tu verras des astuces 💡, des pièges ⚠️ et un peu d'humour 😄.

🎯 Comment utiliser ce cours

  • Lis une partie, puis fais tout de suite la fiche correspondante.
  • Les parties 5, 6 et 7 sont les plus rentables au bac : apprends la méthode « unique solution » comme une formule.
  • Le Guide de rédaction (dernière leçon du chapitre) te donne les phrases exactes à écrire.

1. Continuité en un point

Soit ff définie sur un intervalle II et a∈Ia\in I. On dit que ff est continue en aa si lim⁡x→af(x)=f(a)\displaystyle\lim_{x\to a}f(x)=f(a). Cela revient à dire que :

lim⁡x→a−f(x)=lim⁡x→a+f(x)=f(a)\lim_{x\to a^-}f(x)=\lim_{x\to a^+}f(x)=f(a)

La limite à gauche, la limite à droite et la valeur en aa coïncident.

⚠️ Pièges

  • Il faut que ff soit définie en aa. Sans f(a)f(a), on ne parle pas de continuité en aa.
  • Une limite qui existe ne suffit pas : elle doit être égale à f(a)f(a). (Exemple : f(x)=x2f(x)=x^2 si x≠0x\neq0 et f(0)=1f(0)=1 n'est pas continue en 00.)
  • Trois nombres à comparer : la limite à gauche, la limite à droite, et la valeur.

2. Continuité sur un intervalle et fonctions usuelles

Une fonction est continue sur un intervalle II si elle est continue en tout point de II. Sont continues sur leur ensemble de définition :

  • les polynômes ;
  • les fractions rationnelles ;
  • la racine carrée (sur [0 ;+∞[[0\,;+\infty[) ;
  • la valeur absolue ;
  • l'exponentielle ;
  • le cosinus et le sinus.

Opérations : la somme, le produit et la composée de fonctions continues sont continues. Le quotient de deux fonctions continues est continu là où le dénominateur ne s'annule pas.

Dérivabilité : toute fonction dérivable sur II est continue sur II. La réciproque est fausse : la fonction valeur absolue est continue en 00 mais n'est pas dérivable en 00.

💡 Astuce de rédaction : « La fonction ff est continue sur R\R comme somme, produit et composée de fonctions continues sur R\R », ou plus court : « ff est dérivable sur R\R, donc continue sur R\R ». C'est la phrase qui ouvre presque tous les exercices de ce chapitre.

⚠️ Piège : la partie entière E(x)E(x) n'est pas continue en un entier. À gauche de 22, E(x)=1E(x)=1 ; en 22 et à droite, E(x)=2E(x)=2.

3. Fonctions définies par morceaux et prolongement par continuité

Fonction par morceaux. Pour étudier la continuité en un point de raccordement aa, on calcule les trois nombres :

  • lim⁡x→a−f\displaystyle\lim_{x\to a^-}f ;
  • lim⁡x→a+f\displaystyle\lim_{x\to a^+}f ;
  • f(a)f(a).

La fonction est continue en aa si et seulement s'ils sont égaux. Un paramètre s'obtient en écrivant cette égalité.

Exemple. f(x)=ax+1f(x)=ax+1 si x<2x<2 et f(x)=x2−1f(x)=x^2-1 si x≥2x\ge2. En 22 :

lim⁡x→2−f=2a+1\displaystyle\lim_{x\to2^-}f=2a+1

lim⁡x→2+f=3\displaystyle\lim_{x\to2^+}f=3

f(2)=3f(2)=3

Pour que ff soit continue en 22, il faut et il suffit que 2a+1=32a+1=3, c'est-à-dire a=1a=1.

Prolongement par continuité. Si ff n'est pas définie en aa mais que lim⁡x→af(x)=ℓ\displaystyle\lim_{x\to a}f(x)=\ell (un réel), on peut prolonger ff par continuité en posant f(a)=ℓf(a)=\ell.

Par exemple, f(x)=x2−9x−3f(x)=\dfrac{x^2-9}{x-3} n'est pas définie en 33. Mais pour x≠3x\neq3, f(x)=x+3f(x)=x+3, donc lim⁡x→3f=6\displaystyle\lim_{x\to3}f=6. On prolonge en posant f(3)=6f(3)=6.

4. Continuité, limites et suites

Si ff est continue en aa et si un→au_n\to a, alors f(un)→f(a)f(u_n)\to f(a). En particulier, pour une suite définie par un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n) :

  • si un→ℓu_n\to\ell et si ff est continue en ℓ\ell, alors un+1→f(ℓ)u_{n+1}\to f(\ell) ;
  • comme (un+1)(u_{n+1}) tend aussi vers ℓ\ell, on obtient ℓ=f(ℓ)\ell=f(\ell).

C'est exactement la justification de la méthode « la limite ℓ\ell vérifie ℓ=f(ℓ)\ell=f(\ell) » du chapitre Suites.

⚠️ Piège : cette égalité exige la continuité de ff en ℓ\ell et la convergence de (un)(u_n). Sans l'une ou l'autre, elle n'est pas justifiée.

5. Le théorème des valeurs intermédiaires (TVI)

123412345ck = 3
TVI : f est continue, f(0) < 3 < f(4), donc f(x) = 3 admet une solution c dans [0 ; 4]

Théorème. Soit ff une fonction continue sur un intervalle [a ;b][a\,;b]. Pour tout réel kk compris entre f(a)f(a) et f(b)f(b), l'équation f(x)=kf(x)=k admet au moins une solution cc dans [a ;b][a\,;b].

Cas particulier le plus utilisé : si ff est continue sur [a ;b][a\,;b] et si f(a)f(a) et f(b)f(b) sont de signes contraires (f(a)×f(b)<0f(a)\times f(b)<0), alors l'équation f(x)=0f(x)=0 admet au moins une solution dans ]a ;b[]a\,;b[.

Version avec des limites. Le théorème s'étend aux intervalles ouverts, y compris infinis : on remplace f(a)f(a) et f(b)f(b) par les limites de ff aux bornes.

⚠️ Pièges

  • Le TVI donne l'existence, jamais l'unicité. Pour l'unicité, il faut la stricte monotonie (partie 6).
  • La continuité est indispensable : f(x)=1xf(x)=\dfrac1x sur [−1 ;1][-1\,;1] change de signe sans jamais s'annuler.
  • Le nombre kk doit être entre f(a)f(a) et f(b)f(b) : sinon, aucune conclusion.

😄 Le TVI, c'est la promesse qu'une courbe continue ne peut pas se téléporter : pour aller de f(a)f(a) à f(b)f(b), elle passe par toutes les valeurs intermédiaires.

6. Le corollaire du TVI : existence et unicité

Corollaire. Soit ff une fonction continue et strictement monotone sur [a ;b][a\,;b]. Pour tout réel kk compris entre f(a)f(a) et f(b)f(b), l'équation f(x)=kf(x)=k admet une unique solution dans [a ;b][a\,;b].

Version avec limites. Si ff est continue et strictement monotone sur un intervalle ouvert ]a ;b[]a\,;b[ (bornes éventuellement infinies), alors, pour tout réel kk strictement compris entre les limites de ff en aa et en bb, l'équation f(x)=kf(x)=k admet une unique solution dans ]a ;b[]a\,;b[.

7. La méthode « existence et unicité d'une solution »

  1. Continuité : justifie que ff est continue sur l'intervalle (le plus souvent : « ff est dérivable, donc continue »).
  2. Stricte monotonie : étudie le signe de f′f' et conclus « ff est strictement croissante (ou décroissante) sur l'intervalle ».
  3. Valeurs aux bornes : calcule f(a)f(a) et f(b)f(b) (ou les limites), et vérifie que kk est compris entre elles (souvent f(a)×f(b)<0f(a)\times f(b)<0 pour k=0k=0).
  4. Conclusion : « D'après le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires, l'équation f(x)=kf(x)=k admet une unique solution dans l'intervalle ».

💡 Astuce : le tableau de variations complet (avec limites ou valeurs aux bornes) est la meilleure pièce justificative. Il montre en même temps la monotonie et les valeurs aux bornes.

Exemple. Montrons que x3+x−1=0x^3+x-1=0 admet une unique solution α\alpha dans [0 ;1][0\,;1].

Soit f(x)=x3+x−1f(x)=x^3+x-1. ff est dérivable sur R\R, donc continue. f′(x)=3x2+1>0f'(x)=3x^2+1>0, donc ff est strictement croissante sur [0 ;1][0\,;1].

Comme f(0)=−1<0<1=f(1)f(0)=-1<0<1=f(1), d'après le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires, l'équation f(x)=0f(x)=0 admet une unique solution α\alpha dans [0 ;1][0\,;1].

Plusieurs solutions. Si ff n'est pas monotone sur tout l'intervalle, on découpe l'intervalle en morceaux où ff est strictement monotone.

On applique le corollaire sur chacun.

Le nombre de solutions est la somme des nombres de solutions trouvées.

8. Encadrer une solution : balayage, dichotomie et Python

Balayage. On calcule ff en des points régulièrement espacés (pas 0,10{,}1, puis 0,010{,}01) jusqu'à trouver un changement de signe. Comme ff est strictement monotone, la solution est dans l'intervalle où le signe change.

Dichotomie. On coupe l'intervalle en deux, on garde la moitié où le signe change, et on recommence. La largeur de l'intervalle est divisée par 22 à chaque étape : après nn étapes, elle vaut b−a2n\dfrac{b-a}{2^n}.

Le script de dichotomie à connaître (ff strictement monotone, f(a)f(b)<0f(a)f(b)<0) :

def dichotomie(f, a, b, e):
    while b - a > e:
        m = (a + b)/2
        if f(m)*f(a) <= 0:
            b = m
        else:
            a = m
    return a, b

💡 Le produit f(m)*f(a) <= 0 signifie que ff change de signe (ou s'annule) entre aa et mm : la solution est dans [a ;m][a\,;m]. Sinon, elle est dans [m ;b][m\,;b].

⚠️ Pièges : la dichotomie suppose ff continue et de signe contraire aux extrémités. Et « largeur ≤e\le e » veut dire b - a <= e : compte le nombre d'itérations avec b−a2n≤e\dfrac{b-a}{2^n}\le e.

9. Les 10 pépites du chapitre

  1. Tableau de variations d'abord, avec limites ou valeurs aux bornes : il justifie la monotonie et les bornes d'un seul coup.
  2. Plusieurs solutions ? Applique le corollaire sur chaque intervalle de stricte monotonie.
  3. Signes contraires : écris f(a)×f(b)<0f(a)\times f(b)<0 ou, mieux, f(a)<0<f(b)f(a)<0<f(b).
  4. Équation f(x)=g(x)f(x)=g(x) : pose h=f−gh=f-g et cherche h(x)=0h(x)=0.
  5. Point fixe f(c)=cf(c)=c : pose g(x)=f(x)−xg(x)=f(x)-x et applique le TVI à gg.
  6. Existence ≠\neq unicité : sans stricte monotonie, tu n'as que l'existence.
  7. Précise toujours l'intervalle et vérifie que aa et bb lui appartiennent.
  8. Donne des valeurs approchées cohérentes : f(0,68)≈−0,0056f(0{,}68)\approx-0{,}0056 et f(0,69)≈0,0185f(0{,}69)\approx0{,}0185 justifient α∈ ]0,68 ;0,69[\alpha\in\,]0{,}68\,;0{,}69[.
  9. Calculatrice ou Python : mode « table » pour le balayage, dichotomie pour la précision.
  10. Conclus par la phrase-type : « D'après le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires… ».

Complément du programme : la méthode de Newton

La dichotomie divise l'intervalle par deux à chaque étape. La méthode de Newton va beaucoup plus vite : on remplace la courbe par sa tangente.

Principe. Si ff est dérivable et si f′(xn)≠0f'(x_n)\neq0, la tangente en xnx_n coupe l'axe des abscisses en

xn+1=xn−f(xn)f′(xn)x_{n+1}=x_n-\dfrac{f(x_n)}{f'(x_n)}

Exemple. f(x)=x3+x−1f(x)=x^3+x-1 s'annule une seule fois sur [0 ; 1][0\,;\,1] (elle est continue et strictement croissante, avec f(0)=−1<0<1=f(1)f(0)=-1<0<1=f(1)). On a f′(x)=3x2+1f'(x)=3x^2+1 et on part de x0=1x_0=1.

x = 1
for k in range(4):
    x = x - (x**3 + x - 1) / (3 * x**2 + 1)
    print(k + 1, x)

On lit 0,750{,}75 ; 0,6860470{,}686047 ; 0,6823400{,}682340 ; 0,6823280{,}682328 : quatre étapes suffisent pour 55 décimales correctes, alors que la dichotomie en demande environ dix-sept.

Variante : la méthode de la sécante. On remplace la tangente par la droite qui passe par (a ; f(a))(a\,;\,f(a)) et (b ; f(b))(b\,;\,f(b)) : elle coupe l'axe des abscisses en x=a−f(a) b−af(b)−f(a)x=a-f(a)\,\dfrac{b-a}{f(b)-f(a)}. Elle évite le calcul de f′f'.

⚠️ Pièges :

  • Si f′(xn)=0f'(x_n)=0, la formule n'a plus de sens : la tangente est horizontale.
  • Un mauvais point de départ peut faire diverger la méthode : choisis x0x_0 proche de la solution.

10. Ce qui peut tomber au bac

  • Une équation f(x)=kf(x)=k dont il faut montrer qu'elle a une unique solution, puis qu'on encadre à 10−210^{-2} (fiches 2 et 3).
  • Des fonctions définies par morceaux avec un paramètre (fiche 1).
  • Un lien suites et continuité : limite d'une suite définie par un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n), ou suite définie comme solution d'une équation.
  • Un algorithme de dichotomie à compléter ou à interpréter (fiche 3).

Tu as maintenant le cours. Passe aux trois fiches, aux exercices type bac, puis au Guide de rédaction du chapitre.

Un doute sur ce chapitre ? On en parle ensemble, sans engagement.

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