Sept exercices sur le grand classique du bac : encadrer par récurrence, étudier la monotonie, conclure à la convergence, puis trouver la limite.
Ici, chaque exercice suit la même trame, et c'est justement ce qui rend cette partie « rentable » : quand tu maîtrises la trame, tu ramasses presque tous les points.
Toutes les corrections sont rédigées comme on l'attend au bac : récurrence complète, théorème de convergence nommé, continuité vérifiée, solution parasite éliminée.
💡 La trame à suivre, dans l'ordre
Récurrence pour prouver un encadrement (par exemple 0≤un≤3). On utilise la croissance de f pour « passer f de chaque côté ».
Monotonie : par récurrence, ou avec le signe de un+1−un (souvent en factorisant).
Convergence : « la suite est croissante et majorée (ou décroissante et minorée), donc elle converge ».
Limite : on note ℓ la limite, on écrit ℓ=f(ℓ) (car f est continue), on résout, puis on garde la solution compatible avec l'encadrement.
⚠️ Les pièges classiques
Écrire ℓ=f(ℓ)avant d'avoir prouvé que la suite converge. C'est interdit : d'abord la convergence, ensuite la limite.
Garder les deux solutions de l'équation ℓ=f(ℓ) (souvent une négative, ou hors de l'intervalle).
Utiliser la croissance de f alors que f est décroissante : les inégalités se retournent.
Oublier de vérifier que un reste dans le domaine de f (positivité sous une racine, dénominateur non nul).
Confondre un+1=f(un) et f(n).
😄 Poser ℓ=f(ℓ) sans avoir montré que ça converge, c'est chercher où atterrit un avion qui n'a jamais décollé.
Exercice 1 (★★) : la suite racine carrée, version croissante
On définit u0=0 et, pour tout n∈N, un+1=un+6.
1. Démontrer par récurrence que, pour tout n∈N, 0≤un≤3.
2. Démontrer que (un) est croissante.
3. En déduire que (un) converge, puis déterminer sa limite.
uₙ₊₁ = √(uₙ + 6) : l’escalier monte vers le point fixe ℓ = 3✏️ Correction de l'exercice 1
Question 1
Soit P(n) la propriété : « 0≤un≤3 ».
Initialisation.u0=0, donc 0≤u0≤3 : P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N fixé tel que 0≤uk≤3 (hypothèse de récurrence).
Alors 6≤uk+6≤9, donc uk+6≥0 et uk+1=uk+6 est bien défini.
La racine carrée étant strictement croissante sur [0;+∞[ : 6≤uk+1≤9=3.
Comme 6≥0, on a 0≤uk+1≤3 : P(k+1) est vraie.
Conclusion.P(0) est vraie et P est héréditaire.
✅ Donc 0≤un≤3 pour tout n∈N.
Question 2
Pour tout n∈N, en multipliant par la quantité conjuguée (strictement positive car un+6>0 et un≥0) :
un+1−un=un+6−un=un+6+un(un+6)−un2
Or (un+6)−un2=−(un2−un−6)=−(un−3)(un+2)=(3−un)(un+2). D'après la question 1, 3−un≥0 et un+2>0, donc le numérateur est positif, et le dénominateur est strictement positif. Donc un+1−un≥0 :
✅ la suite (un) est croissante.
Question 3
La suite (un) est croissante et majorée par 3. D'après le théorème de convergence monotone :
✅ elle converge vers un réel ℓ, avec 0≤ℓ≤3 (passage à la limite dans l'encadrement de la question 1).
La fonction f:x↦x+6 est continue sur [0;3], et ℓ∈[0;3].
En passant à la limite dans un+1=f(un), on obtient ℓ=f(ℓ), soit ℓ=ℓ+6.
Comme ℓ≥0, cela entraîne ℓ2=ℓ+6, soit ℓ2−ℓ−6=0, c'est-à-dire (ℓ−3)(ℓ+2)=0.
Donc ℓ=3 ou ℓ=−2.
Comme ℓ≥0, ℓ=−2 est exclu.
✅ Donc limun=3.
Astuce : pour la monotonie, tu peux aussi faire une récurrence : u0≤u1, puis « si uk≤uk+1 alors, la racine étant croissante, uk+6≤uk+1+6 ».
Exercice 2 (★★) : une fonction homographique
On définit u0=1 et, pour tout n∈N, un+1=un+23un+2. Soit f la fonction définie sur [0;+∞[ par f(x)=x+23x+2.
1. Montrer que f est croissante sur [0;+∞[.
2. Démontrer par récurrence que, pour tout n∈N, 1≤un≤2.
3. Montrer que (un) est croissante.
4. En déduire que (un) converge, puis déterminer sa limite.
✏️ Correction de l'exercice 2
Question 1
La fonction f est dérivable sur [0;+∞[ comme quotient de fonctions dérivables dont le dénominateur x+2 ne s'annule pas. Pour tout x≥0 :
f′(x)=(x+2)23(x+2)−(3x+2)=(x+2)24>0
✅ Donc f est strictement croissante sur [0;+∞[.
Question 2
Soit P(n) la propriété : « 1≤un≤2 ».
Initialisation.u0=1, donc 1≤u0≤2 : P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N fixé tel que 1≤uk≤2 (hypothèse de récurrence). Comme f est croissante sur [0;+∞[, f(1)≤f(uk)≤f(2), c'est-à-dire 35≤uk+1≤48=2. Comme 1≤35, on a 1≤uk+1≤2 : P(k+1) est vraie.
D'après la question 2, 2−un≥0, et un+1>0, un+2>0. Donc un+1−un≥0 :
✅ (un) est croissante.
Question 4
La suite (un) est croissante et majorée par 2. D'après le théorème de convergence monotone :
✅ elle converge vers un réel ℓ, avec 1≤ℓ≤2.
La fonction f est continue sur [1;2] (dérivable), et ℓ∈[1;2]. En passant à la limite dans un+1=f(un), ℓ=ℓ+23ℓ+2, donc ℓ(ℓ+2)=3ℓ+2, soit ℓ2−ℓ−2=0, c'est-à-dire (ℓ−2)(ℓ+1)=0. Comme ℓ≥1, ℓ=−1 est exclu.
✅ Donc limun=2.
Exercice 3 (★★★) : une suite décroissante
On définit u0=5 et, pour tout n∈N, un+1=2un+3.
1. Démontrer par récurrence que, pour tout n∈N, un≥3.
2. Montrer que (un) est décroissante.
3. En déduire que (un) converge, puis déterminer sa limite.
uₙ₊₁ = √(2uₙ + 3) : l’escalier descend vers le point fixe ℓ = 3✏️ Correction de l'exercice 3
Question 1
Soit P(n) la propriété : « un≥3 ».
Initialisation.u0=5≥3 : P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N fixé tel que uk≥3 (hypothèse de récurrence). Alors 2uk+3≥9>0, donc uk+1=2uk+3 est bien défini, et, la racine carrée étant croissante sur [0;+∞[, uk+1≥9=3 : P(k+1) est vraie.
Conclusion.P(0) est vraie et P est héréditaire.
✅ Donc un≥3 pour tout n∈N.
Question 2
Pour tout n∈N (quantité conjuguée strictement positive) :
un+1−un=2un+3−un=2un+3+un(2un+3)−un2
Or (2un+3)−un2=−(un2−2un−3)=−(un−3)(un+1). D'après la question 1, un−3≥0 et un+1>0, donc le numérateur est négatif ou nul, et le dénominateur est strictement positif. Donc un+1−un≤0 :
✅ la suite (un) est décroissante.
Question 3
La suite (un) est décroissante et minorée par 3. D'après le théorème de convergence monotone :
✅ elle converge vers un réel ℓ, avec ℓ≥3.
La fonction x↦2x+3 est continue sur [3;+∞[, et ℓ∈[3;+∞[. En passant à la limite dans un+1=2un+3, ℓ=2ℓ+3. Cela entraîne ℓ2=2ℓ+3, soit ℓ2−2ℓ−3=0, c'est-à-dire (ℓ−3)(ℓ+1)=0. Comme ℓ≥3, ℓ=−1 est exclu.
✅ Donc limun=3.
Piège évité : ici la suite décroît vers 3 : le nombre 3 est un minorant, pas un majorant. Regarde bien le sens.
Exercice 4 (★★★) : l'algorithme de Héron
On définit u0=2 et, pour tout n∈N, un+1=21(un+un2).
1. Démontrer que, pour tout n∈N, un>0.
2. Montrer que un+1−2=2un(un−2)2. En déduire que un≥2 pour tout n∈N.
3. Montrer que (un) est décroissante.
4. En déduire que (un) converge, puis déterminer sa limite.
✏️ Correction de l'exercice 4
Question 1
Soit P(n) la propriété : « un>0 ».
Initialisation.u0=2>0.
Hérédité. Soit k∈N fixé tel que uk>0. Alors uk2>0, donc uk+uk2>0 et uk+1>0 : P(k+1) est vraie.
Conclusion.
✅ un>0 pour tout n∈N (la suite est bien définie).
D'après la question 2, un≥2>0, donc un2≥2 et 2−un2≤0. Comme 2un>0, un+1−un≤0 :
✅ la suite (un) est décroissante.
Question 4
La suite (un) est décroissante et minorée par 2. D'après le théorème de convergence monotone :
✅ elle converge vers un réel ℓ, avec ℓ≥2>0.
La fonction x↦21(x+x2) est continue sur [2;+∞[, et ℓ∈[2;+∞[. En passant à la limite dans un+1=21(un+un2), ℓ=21(ℓ+ℓ2), donc 2ℓ=ℓ+ℓ2, soit ℓ=ℓ2, donc ℓ2=2. Comme ℓ>0 :
✅ limun=2
Pour info :u1=23 et u2=1217≈1,41667. En deux étapes, on approche 2≈1,41421 à 0,003 près.
Exercice 5 (★★★) : quand f est décroissante
On définit u0=0 et, pour tout n∈N, un+1=1+un1.
1. Calculer u1, u2, u3, u4. La suite (un) est-elle monotone ?
2. Démontrer par récurrence que 0≤un≤1 pour tout n∈N.
3. On admet que (un) converge vers un réel ℓ. Déterminer ℓ.
Initialisation.u0=0, donc 0≤u0≤1 : P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N fixé tel que 0≤uk≤1 (hypothèse de récurrence).
Alors 1≤1+uk≤2.
La fonction inverse est strictement décroissante sur ]0;+∞[ : elle retourne les inégalités.
Donc 21≤1+uk1≤1, c'est-à-dire 21≤uk+1≤1.
En particulier 0≤uk+1≤1 : P(k+1) est vraie.
Conclusion.P(0) est vraie et P est héréditaire.
✅ Donc 0≤un≤1 pour tout n∈N.
Question 3
On admet que (un) converge vers ℓ, avec 0≤ℓ≤1. La fonction x↦1+x1 est continue sur [0;1], et ℓ∈[0;1].
En passant à la limite, ℓ=1+ℓ1, donc ℓ(1+ℓ)=1, soit ℓ2+ℓ−1=0. Le discriminant vaut Δ=5, donc ℓ=2−1+5 ou ℓ=2−1−5. Comme ℓ≥0, la seconde solution est exclue.
✅ Donc ℓ=25−1≈0,618.
À retenir : quand f est décroissante, la suite n'est pas monotone. Le bac dit alors « on admet que (un) converge » et te demande seulement la limite.
Exercice 6 (★★) : une suite auxiliaire « inverse »
On définit u0=1 et, pour tout n∈N, un+1=1+unun.
1. Démontrer par récurrence que un>0 pour tout n∈N.
2. On pose vn=un1. Montrer que (vn) est arithmétique.
3. En déduire un en fonction de n, puis la limite de (un).
✏️ Correction de l'exercice 6
Question 1
Soit P(n) la propriété : « un>0 ».
Initialisation.u0=1>0 : P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N fixé tel que uk>0. Alors 1+uk>0 et uk+1=1+ukuk>0 : P(k+1) est vraie.
Conclusion.
✅ un>0 pour tout n∈N, donc vn=un1 est bien défini.
Question 2
Pour tout n∈N :
vn+1=un+11=un1+un=un1+1=vn+1
✅ Donc (vn) est arithmétique de raison 1 et de premier terme v0=u01=1.
Question 3
Pour tout n∈N, vn=v0+n×1=n+1.
✅ un=n+11
Comme n+1→+∞, par quotient :
✅ limun=0
Exercice 7 (★★) : exclure une solution grâce au sens de variation
On définit u0=41 et un+1=un.
1. Démontrer que 0≤un≤1 pour tout n∈N.
2. Montrer que (un) est croissante.
3. Déterminer la limite de (un).
✏️ Correction de l'exercice 7
Question 1
Soit P(n) la propriété : « 0≤un≤1 ».
Initialisation.u0=41∈[0;1] : P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N fixé tel que 0≤uk≤1. La racine carrée étant croissante sur [0;+∞[, 0≤uk≤1, c'est-à-dire 0≤uk+1≤1 : P(k+1) est vraie.
Conclusion.
✅ 0≤un≤1 pour tout n∈N.
Question 2
Pour tout n∈N :
un+1−un=un−un=un(1−un)
D'après la question 1, 0≤un≤1, donc 0≤un≤1 : les deux facteurs sont positifs. Donc un+1−un≥0 :
✅ (un) est croissante.
Question 3
La suite (un) est croissante et majorée par 1.
D'après le théorème de convergence monotone, elle converge vers un réel ℓ, avec ℓ≤1.
Comme (un) est croissante, ℓ≥u0=41>0.
La fonction racine carrée est continue sur [0;1], et ℓ∈[41;1]. En passant à la limite dans un+1=un, ℓ=ℓ, donc ℓ2=ℓ, soit ℓ(ℓ−1)=0 : ℓ=0 ou ℓ=1. Comme ℓ≥41, ℓ=0 est exclu.
✅ Donc limun=1.
Astuce : une suite croissante ne peut pas avoir une limite plus petite que son premier terme. C'est une manière très propre d'éliminer une solution.
🎯 Ce qui peut tomber au bac
La trame complète encadrement, monotonie, convergence, limite avec une racine carrée (exercices 1 et 3) ou une fraction (exercice 2).
Une suite qui approche un nombre, comme 2 (exercice 4).
Une fonction décroissante, où le sujet te dit d'admettre la convergence (exercice 5).
Une suite auxiliaire arithmétique ou géométrique, souvent donnée par l'énoncé (exercice 6).
Si tu maîtrises les exercices 1, 2 et 3, tu as déjà la structure de presque tous les sujets.
QCM : vérifie tes acquis
10 questions, une seule bonne réponse chacune. Choisis une réponse : la correction s'affiche tout de suite. Ton score est enregistré dans Mon espace.
Question 1 sur 10
Si (un) converge vers ℓ avec un+1=f(un) et f continue, alors ℓ vérifie :
On passe à la limite dans un+1=f(un) en utilisant la continuité de f.
Question 2 sur 10
Pour un+1=un+2 avec un≥0, quelle limite est possible ?
ℓ=ℓ+2⟺ℓ2=ℓ+2⟺(ℓ−2)(ℓ+1)=0. Comme ℓ≥0, ℓ=2.
Question 3 sur 10
Si f est croissante sur I stable par f et si u1≥u0, alors (un) est :
Par récurrence : un+1≥un entraîne f(un+1)≥f(un), donc un+2≥un+1.
Question 4 sur 10
Si f est décroissante sur I, la suite un+1=f(un) :
Avec f décroissante, l'ordre des termes s'inverse à chaque étape : les termes pairs et impairs varient en sens contraire.
Question 5 sur 10
Pour montrer 0≤un≤2 avec un+1=un+2, on utilise que f(x)=x+2 est :
Si 0≤uk≤2, alors 2≤uk+1≤2, donc 0≤uk+1≤2.
Question 6 sur 10
Dans l'exercice 1, avec u0=0 et un+1=un+6, quelle est la limite de (un) ?
(un) est croissante et majorée par 3 : elle converge vers ℓ tel que ℓ=ℓ+6, donc ℓ=3.
Question 7 sur 10
Dans l'exercice 3, avec u0=5 et un+1=2un+3, la suite (un) est :
un≥3 pour tout n (récurrence), et la suite est décroissante ; elle converge vers ℓ≥3 tel que ℓ=2ℓ+3, donc ℓ=3.
Question 8 sur 10
Dans l'exercice 4 (algorithme de Héron pour 2), quelle relation clé permet de montrer que un≥2 pour tout n ?
Le membre de droite est le quotient d'un carré par un nombre positif : il est positif ou nul, donc un+1≥2.
Question 9 sur 10
Dans l'exercice 6, avec u0=1 et un+1=1+unun, en posant vn=un1, quelle est la nature de (vn) ?
vn+1=un+11=un1+un=1+un1=vn+1 : la différence est constante, égale à 1.
Question 10 sur 10
Dans l'exercice 7, avec u0=41 et un+1=un, quelle est la limite de (un) ?
(un) est croissante et majorée par 1 : elle converge vers ℓ tel que ℓ=ℓ, avec ℓ≥u0>0, donc ℓ=1 (on exclut ℓ=0 par le sens de variation).
Un doute sur ce chapitre ? On en parle ensemble, sans engagement.