Huit exercices, du plus doux (★) au plus « bac » (★★★).
La récurrence, c'est un jeu de dominos : il faut pousser le premier (initialisation) et vérifier que chaque domino fait tomber le suivant (hérédité). Sans le premier, tu obtiens un magnifique alignement de dominos… debout.
Toutes les corrections de cette fiche sont rédigées comme on l'attend au bac.
💡 Le modèle de rédaction à connaître presque par cœur
Soit P(n) la propriété « … ».
Initialisation : pour n=n0, … Donc P(n0) est vraie.
Hérédité : soit k≥n0 un entier fixé tel que P(k) soit vraie (hypothèse de récurrence). Montrons que P(k+1) est vraie. … (ici, on utilise l'hypothèse de récurrence) …
Conclusion :P(n0) est vraie et P est héréditaire, donc P(n) est vraie pour tout n≥n0.
⚠️ Les pièges qui coûtent des points
Écrire « supposons P(n) vraie pour tout n » : c'est exactement ce qu'on veut démontrer. On suppose P(k) pour un entier k fixé.
Oublier l'initialisation, ou la faire au mauvais rang (si la propriété commence à n=1, on n'initialise pas à 0).
Une hérédité qui n'utilise jamais l'hypothèse de récurrence : ce n'est pas une récurrence.
Oublier la conclusion. Elle rapporte un point facile, ne le laisse pas au correcteur.
Dans une inégalité, multiplier par un nombre négatif sans retourner le sens.
Astuce : dans l'hérédité, écris d'abord ce que tu veux obtenir au rang k+1 sur un brouillon, puis « fabrique-le » à partir de l'hypothèse. Et pense à factoriser : la clé est presque toujours un facteur (k+1).
Exercice 1 (★) : la somme des entiers
Démontrer que, pour tout entier n≥1, 1+2+3+⋯+n=2n(n+1).
✏️ Correction de l'exercice 1
Soit P(n) la propriété : « 1+2+⋯+n=2n(n+1) ».
Initialisation
Pour n=1, le membre de gauche vaut 1 et le membre de droite vaut 21×2=1. Donc P(1) est vraie.
Hérédité
Soit k≥1 un entier fixé tel que P(k) soit vraie : 1+2+⋯+k=2k(k+1) (hypothèse de récurrence). Montrons que P(k+1) est vraie.
D'après l'hypothèse de récurrence :
1+2+⋯+k+(k+1)=2k(k+1)+(k+1)
On factorise par (k+1) :
(k+1)(2k+1)=2(k+1)(k+2)=2(k+1)((k+1)+1)
Donc P(k+1) est vraie.
Conclusion
P(1) est vraie et P est héréditaire à partir du rang 1.
✅ Donc, d'après le principe de récurrence, P(n) est vraie pour tout entier n≥1.
Exercice 2 (★★) : la somme des carrés
Démontrer que, pour tout entier n≥1, 12+22+⋯+n2=6n(n+1)(2n+1).
✏️ Correction de l'exercice 2
Soit P(n) la propriété : « 12+22+⋯+n2=6n(n+1)(2n+1) ».
Initialisation
Pour n=1, le membre de gauche vaut 1 et le membre de droite vaut 61×2×3=1. Donc P(1) est vraie.
Hérédité
Soit k≥1 un entier fixé tel que 12+⋯+k2=6k(k+1)(2k+1) (hypothèse de récurrence). Montrons que P(k+1) est vraie.
12+⋯+k2+(k+1)2=6k(k+1)(2k+1)+(k+1)2
On factorise par (k+1) :
(k+1)×6k(2k+1)+6(k+1)=6(k+1)(2k2+7k+6)
Or (k+2)(2k+3)=2k2+3k+4k+6=2k2+7k+6. On obtient donc 6(k+1)(k+2)(2k+3), c'est-à-dire 6(k+1)((k+1)+1)(2(k+1)+1). Donc P(k+1) est vraie.
Conclusion
P(1) est vraie et P est héréditaire à partir du rang 1.
✅ Donc P(n) est vraie pour tout entier n≥1.
Exercice 3 (★) : une inégalité avec une puissance
Démontrer que, pour tout n∈N, 2n≥n+1.
✏️ Correction de l'exercice 3
Soit P(n) la propriété : « 2n≥n+1 ».
Initialisation
Pour n=0, 20=1 et 0+1=1. Comme 1≥1, P(0) est vraie.
Hérédité
Soit k∈N fixé tel que 2k≥k+1 (hypothèse de récurrence). Montrons que 2k+1≥(k+1)+1.
Comme 2>0, on peut multiplier l'hypothèse de récurrence par 2 sans changer le sens de l'inégalité :
2k+1=2×2k≥2(k+1)=2k+2
Or 2k+2≥k+2 car k≥0. Donc 2k+1≥k+2=(k+1)+1 : P(k+1) est vraie.
Conclusion
P(0) est vraie et P est héréditaire.
✅ Donc 2n≥n+1 pour tout n∈N.
Exercice 4 (★★) : trouver puis démontrer une formule explicite
On définit u0=1 et, pour tout n∈N, un+1=2un+3.
1. Calculer u1, u2 et u3.
2. Vérifier que les valeurs sont cohérentes avec un=2n+2−3, puis démontrer par récurrence que cette formule est vraie pour tout n∈N.
✏️ Correction de l'exercice 4
Question 1
u1=2×1+3=5
u2=2×5+3=13
u3=2×13+3=29
Question 2
Avec la formule : 21+2−3=5, 22+2−3=13, 23+2−3=29. Ces valeurs sont cohérentes.
Soit P(n) la propriété : « un=2n+2−3 ».
Initialisation. Pour n=0, 20+2−3=4−3=1=u0. Donc P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N fixé tel que uk=2k+2−3 (hypothèse de récurrence). Alors :
On définit u0=1 et, pour tout n∈N, un+1=2un+1.
1. Démontrer par récurrence que, pour tout n∈N, 1≤un≤2.
2. En déduire que la suite (un) est croissante.
✏️ Correction de l'exercice 5
Question 1
Soit P(n) la propriété : « 1≤un≤2 ».
Initialisation.u0=1, donc 1≤u0≤2 : P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N fixé tel que 1≤uk≤2 (hypothèse de récurrence).
En divisant par 2 : 21≤2uk≤1.
En ajoutant 1 : 23≤2uk+1≤2, c'est-à-dire 23≤uk+1≤2.
Comme 1≤23, on en déduit 1≤uk+1≤2 : P(k+1) est vraie.
Conclusion.P(0) est vraie et P est héréditaire.
✅ Donc 1≤un≤2 pour tout n∈N.
Question 2
Pour tout n∈N :
un+1−un=2un+1−un=1−2un=22−un
D'après la question 1, un≤2, donc 2−un≥0 et un+1−un≥0.
✅ La suite (un) est croissante.
À retenir : l'encadrement démontré en 1 sert à étudier le signe en 2.
C'est le schéma classique du bac.
On verra dans la fiche 3 que la suite converge, puis que sa limite vaut 2.
Exercice 6 (★★★) : l'inégalité de Bernoulli
Soit a un réel strictement supérieur à −1.
1. Démontrer par récurrence que, pour tout n∈N, (1+a)n≥1+na.
2. En déduire que, si q>1, alors qn→+∞.
✏️ Correction de l'exercice 6
Question 1
Soit P(n) la propriété : « (1+a)n≥1+na ».
Initialisation. Pour n=0, (1+a)0=1 et 1+0×a=1. Donc P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N fixé tel que (1+a)k≥1+ka (hypothèse de récurrence).
Comme a>−1, on a 1+a>0 : on peut multiplier l'hypothèse de récurrence par (1+a) sans changer le sens de l'inégalité.
On obtient :
(1+a)k+1≥(1+a)(1+ka)=1+ka+a+ka2=1+(k+1)a+ka2
Comme ka2≥0, on a (1+a)k+1≥1+(k+1)a : P(k+1) est vraie.
Conclusion.P(0) est vraie et P est héréditaire.
✅ Donc (1+a)n≥1+na pour tout n∈N.
Question 2
Soit q>1. On pose a=q−1>0, donc a>−1. D'après la question 1, pour tout n∈N :
qn=(1+a)n≥1+n(q−1)
Comme q−1>0, lim(1+n(q−1))=+∞. D'après le théorème de comparaison :
✅ n→+∞limqn=+∞
Exercice 7 (★★★) : conjecturer, puis démontrer
On définit u0=0 et, pour tout n∈N, un+1=un+2n+3.
1. Calculer u1, u2, u3 et u4.
2. Conjecturer une expression de un en fonction de n.
3. Démontrer cette conjecture par récurrence.
✏️ Correction de l'exercice 7
Question 1
u1=0+3=3
u2=3+5=8
u3=8+7=15
u4=15+9=24
Question 2
Les valeurs 3, 8, 15, 24 sont égales à n2+2n pour n=1,2,3,4 (1+2, 4+4, 9+6, 16+8). On conjecture que un=n2+2n pour tout n∈N. Cette conjecture reste à démontrer.
Question 3
Soit P(n) la propriété : « un=n2+2n ».
Initialisation. Pour n=0, 02+2×0=0=u0 : P(0) est vraie.
Hérédité. Soit k∈N fixé tel que uk=k2+2k (hypothèse de récurrence). Alors :
uk+1=uk+2k+3=k2+2k+2k+3=k2+4k+3
Or (k+1)2+2(k+1)=k2+2k+1+2k+2=k2+4k+3. Donc uk+1=(k+1)2+2(k+1) : P(k+1) est vraie.
Conclusion.P(0) est vraie et P est héréditaire.
✅ Donc un=n2+2n pour tout n∈N.
Exercice 8 (★★) : une divisibilité
Démontrer que, pour tout n∈N, 4n−1 est divisible par 3.
✏️ Correction de l'exercice 8
Soit P(n) la propriété : « 4n−1 est divisible par 3 ».
Initialisation
Pour n=0, 40−1=0=3×0, donc P(0) est vraie.
Hérédité
Soit k∈N fixé tel que 4k−1 soit divisible par 3. Il existe un entier m tel que 4k−1=3m, donc 4k=3m+1 (hypothèse de récurrence). Alors :
4k+1−1=4×4k−1=4(3m+1)−1=12m+3=3(4m+1)
avec 4m+1 entier. Donc 4k+1−1 est divisible par 3 : P(k+1) est vraie.
Conclusion
P(0) est vraie et P est héréditaire.
✅ Donc 4n−1 est divisible par 3 pour tout n∈N.
🎯 Ce qui peut tomber au bac sur la récurrence
Une formule explicite à démontrer (exercices 4 et 7).
Un encadrement ou une monotonie pour une suite définie par un+1=f(un) (exercice 5, et la fiche 5).
Une inégalité qui sert à trouver une limite (exercices 3 et 6).
Plus rarement : une somme ou une divisibilité (exercices 1, 2 et 8).
Si tu sais faire ces huit exercices sans regarder la correction, tu peux passer à la fiche 2.
QCM : vérifie tes acquis
10 questions, une seule bonne réponse chacune. Choisis une réponse : la correction s'affiche tout de suite. Ton score est enregistré dans Mon espace.
Question 1 sur 10
Dans une démonstration par récurrence, l'hérédité consiste à montrer que :
L'hérédité utilise l'hypothèse de récurrence P(k) pour en déduire P(k+1).
Question 2 sur 10
Que se passe-t-il si l'on oublie l'initialisation ?
Sans initialisation, rien n'« accroche » la chaîne. Par exemple « 2n=2n+1 » est héréditaire mais toujours fausse.
Question 3 sur 10
On veut prouver un=2n+1−1 pour u0=1 et un+1=2un+1. Dans l'hérédité, on remplace uk par :
L'hypothèse de récurrence donne uk=2k+1−1, donc uk+1=2(2k+1−1)+1=2k+2−1.
Question 4 sur 10
Que vaut 2n(n+1) pour n=4 ?
24×5=10=1+2+3+4.
Question 5 sur 10
Pour prouver par récurrence que 3n≥2n+1, on part dans l'hérédité de 3k+1=3×3k≥ :
On applique l'hypothèse 3k≥2k+1 : 3k+1≥6k+3≥2k+3=2(k+1)+1.
Question 6 sur 10
Dans l'exercice 2 de cette fiche, quelle formule démontre-t-on par récurrence ?
C'est la formule de la somme des carrés des n premiers entiers, prouvée par récurrence dans l'exercice 2.
Question 7 sur 10
Dans l'exercice 4, avec u0=1 et un+1=2un+3, que vaut u2 ?
u1=2×1+3=5 puis u2=2×5+3=13. On vérifie avec la formule démontrée un=2n+2−3 : u2=16−3=13.
Question 8 sur 10
Dans l'exercice 6, l'inégalité de Bernoulli (1+a)n≥1+na est démontrée par récurrence pour :
L'énoncé de l'exercice 6 fixe a strictement supérieur à −1 : c'est l'hypothèse nécessaire à l'hérédité.
Question 9 sur 10
Dans l'exercice 7, avec u0=0 et un+1=un+2n+3, quelle formule explicite conjecture-t-on puis démontre-t-on ?
Les premiers termes 0,3,8,15,24 correspondent à n(n+2) : 0×2=0, 1×3=3, 2×4=8, etc.
Question 10 sur 10
Dans l'exercice 8, quel reste obtient-on toujours en divisant 4n−1 par 3 ?
L'exercice démontre par récurrence que 4n−1 est divisible par 3 pour tout entier n : le reste est toujours 0.
Un doute sur ce chapitre ? On en parle ensemble, sans engagement.