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Première Spé Maths / Chapitre 5 : Fonction exponentielle

Fonction exponentielle : le cours

Une colonie de bactéries double en une heure.

Une somme placée à intérêts composés grandit chaque année d'un pourcentage fixe.

Un médicament s'élimine du sang à un rythme proportionnel à sa concentration.

Dans tous ces cas, la vitesse d'évolution est proportionnelle à la quantité elle-même. Écrit avec une dérivée, cela donne f′=ff'=f : la fonction est égale à sa propre dérivée.

La fonction qui fait cela s'appelle la fonction exponentielle.

Elle est partout dans le programme de Terminale, et au bac.

Ce chapitre t'apprend à la manier sans te tromper.

Dans tout le cours, tu verras des astuces 💡, des pièges ⚠️ et un peu d'humour 😄.

🎯 Comment utiliser ce cours

  • Lis une partie, puis fais tout de suite la fiche correspondante.
  • Retiens le fil rouge : l'exponentielle se comporte comme une puissance (même règles de calcul), elle est toujours strictement positive et elle est égale à sa dérivée.
  • Devant une équation ou une dérivée, pense d'abord à factoriser par exe^x.

1. Définition de la fonction exponentielle

Théorème (admis). Il existe une unique fonction ff dérivable sur R\mathbb{R} telle que f′=ff'=f et f(0)=1f(0)=1.

Cette fonction s'appelle la fonction exponentielle, notée exp⁡\exp.

Pourquoi f(0)=1f(0)=1 ? Sans cette condition, toute fonction k fk\,f avec kk réel vérifie aussi (kf)′=kf(kf)'=kf. La condition f(0)=1f(0)=1 fixe le choix : c'est le point A(0 ; 1)A(0\,;\,1) de la courbe.

Que dit exp⁡′=exp⁡\exp'=\exp ? En chaque point, la pente de la tangente est égale à l'ordonnée du point. Plus la courbe est haute, plus elle monte vite : c'est le comportement d'une croissance qui s'emballe.

Résultat admis (dérivée de t↦eatt\mapsto e^{at}). Pour tous réels aa et bb, la fonction t↦exp⁡(at+b)t\mapsto\exp(at+b) est dérivable sur R\mathbb{R} et

(exp⁡(at+b))′=a exp⁡(at+b)\left(\exp(at+b)\right)'=a\,\exp(at+b)

Le cas b=0b=0 est la dérivée de t↦eatt\mapsto e^{at}, capacité attendue au programme. On l'admet ici et on s'en sert dans les démonstrations qui suivent.

Un peu d'histoire. La notation exponentielle et les fonctions exponentielles apparaissent vers la fin du XVIIe siècle, avec la volonté de traiter des phénomènes de croissance comparables à ceux des intérêts composés. La modélisation de ces situations fait naturellement apparaître la fonction exponentielle comme la seule fonction vérifiant y′=yy'=y et y(0)=1y(0)=1 : c'est exactement la définition de ce cours.

2. Une première propriété : l'exponentielle ne s'annule jamais

Propriété. Pour tout réel xx : exp⁡(x)×exp⁡(−x)=1\exp(x)\times\exp(-x)=1.

En particulier, exp⁡(x)≠0\exp(x)\neq 0 pour tout réel xx.

Démonstration. Posons φ(x)=exp⁡(x)exp⁡(−x)\varphi(x)=\exp(x)\exp(-x). La fonction φ\varphi est dérivable sur R\mathbb{R}. Pour dériver x↦exp⁡(−x)x\mapsto\exp(-x), on utilise le résultat admis plus haut avec a=−1a=-1 et b=0b=0 : (exp⁡(−x))′=−exp⁡(−x)\big(\exp(-x)\big)'=-\exp(-x).

φ′(x)=exp⁡(x)exp⁡(−x)+exp⁡(x)×(−exp⁡(−x))=0\varphi'(x)=\exp(x)\exp(-x)+\exp(x)\times\big(-\exp(-x)\big)=0.

Donc φ\varphi est constante, égale à φ(0)=exp⁡(0)exp⁡(0)=1×1=1\varphi(0)=\exp(0)\exp(0)=1\times 1=1.

Le produit de exp⁡(x)\exp(x) et exp⁡(−x)\exp(-x) vaut 11 : aucun des deux ne peut être nul. □\square

Le signe de exp⁡(x)\exp(x) se déduit de la relation fonctionnelle démontrée à la partie suivante : exp⁡(x)>0\exp(x)>0 pour tout réel xx.

⚠️ Pièges :

  • exe^x n'est jamais négatif et jamais nul. L'équation ex=−3e^x=-3 n'a aucune solution, l'équation ex=0e^x=0 non plus.
  • Quand tu étudies un signe, exe^x ne change rien : le signe d'un produit P(x) exP(x)\,e^x est celui de P(x)P(x).
  • e−xe^{-x} est positif aussi. Le signe « moins » est dans l'exposant, pas devant.

😄 Chercher un xx tel que ex=0e^x=0, c'est chercher la licorne : tout le monde en parle, personne n'en a jamais vu.

3. La relation fonctionnelle et la notation exe^x

Théorème. Pour tous réels aa et bb :

exp⁡(a+b)=exp⁡(a)×exp⁡(b)\exp(a+b)=\exp(a)\times\exp(b)

L'exponentielle transforme une somme en produit.

Démonstration. Fixons aa. Comme exp⁡(a)≠0\exp(a)\neq0 (partie 2), on peut poser g(x)=exp⁡(a+x)exp⁡(a)g(x)=\dfrac{\exp(a+x)}{\exp(a)}. Cette fonction est dérivable et, d'après le résultat admis en partie 1 (avec a=1a=1 et bb remplacé par la constante aa), g′(x)=exp⁡(a+x)exp⁡(a)=g(x)g'(x)=\dfrac{\exp(a+x)}{\exp(a)}=g(x). De plus g(0)=exp⁡(a)exp⁡(a)=1g(0)=\dfrac{\exp(a)}{\exp(a)}=1.

Par unicité, g=exp⁡g=\exp. Donc exp⁡(a+x)=exp⁡(a)exp⁡(x)\exp(a+x)=\exp(a)\exp(x). □\square

Conséquences. Pour tous réels aa et bb et tout entier relatif nn :

  • exp⁡(−a)=1exp⁡(a)\exp(-a)=\dfrac{1}{\exp(a)} ;
  • exp⁡(a−b)=exp⁡(a)exp⁡(b)\exp(a-b)=\dfrac{\exp(a)}{\exp(b)} ;
  • exp⁡(na)=(exp⁡(a))n\exp(na)=\big(\exp(a)\big)^n.

Signe de l'exponentielle. Pour tout réel xx, exp⁡(x)=exp⁡(x2+x2)=(exp⁡x2)2⩾0\exp(x)=\exp\left(\dfrac x2+\dfrac x2\right)=\left(\exp\dfrac x2\right)^2\geqslant0. Comme exp⁡(x)≠0\exp(x)\neq0 (partie 2), on a exp⁡(x)>0\exp(x)>0 pour tout réel xx.

On pose e=exp⁡(1)≈2,718e=\exp(1)\approx 2{,}718. D'après la dernière formule, exp⁡(n)=en\exp(n)=e^n pour tout entier nn. On étend cette écriture à tous les réels :

exp⁡(x)=ex\exp(x)=e^x

Les règles de calcul sur exe^x (ce sont celles des puissances) :

RègleÉcriture
Somme dans l'exposant ea+b=ea×ebe^{a+b}=e^a\times e^b
Opposé e−a=1eae^{-a}=\dfrac{1}{e^a}
Différence ea−b=eaebe^{a-b}=\dfrac{e^a}{e^b}
Puissance (ea)n=ena(e^a)^n=e^{na}
Valeurs à connaître e0=1e^0=1 et e1=ee^1=e

Exemples.

  • e2x+1×e−x=e2x+1−x=ex+1e^{2x+1}\times e^{-x}=e^{2x+1-x}=e^{x+1}.
  • e3xex−2=e3x−(x−2)=e2x+2\dfrac{e^{3x}}{e^{x-2}}=e^{3x-(x-2)}=e^{2x+2}.
  • (e−x)2=e−2x=1e2x(e^{-x})^2=e^{-2x}=\dfrac{1}{e^{2x}}.
  • ex(e−x+1)=1+exe^{x}\left(e^{-x}+1\right)=1+e^x.

⚠️ Pièges :

  • ea+b=ea×ebe^{a+b}=e^a\times e^b, mais ea+eb≠ea+be^a+e^b\neq e^{a+b}. Avec a=b=0a=b=0 : 1+1=21+1=2, pas e0=1e^0=1.
  • e2x=(ex)2e^{2x}=(e^x)^2, pas 2ex2e^x. Avec x=0x=0 : 1≠21\neq 2.
  • e−xe^{-x} n'est pas −ex-e^x : c'est l'inverse de exe^x.
  • On ne distribue pas l'exponentielle : ex+1e^{x+1} n'est pas ex+ee^x+e.

😄 L'exposant est comme un ascenseur : une somme qui y monte devient un produit. Mais un produit qui y monte ne redescend pas tout seul.

💡 Astuce. Pour simplifier, ramène tout à une seule exponentielle, avec une seule opération dans l'exposant. Pour démontrer une égalité, multiplie souvent en haut et en bas par exe^x pour faire disparaître les e−xe^{-x}.

4. Dérivée, variations et courbe

Propriété. La fonction exponentielle est dérivable sur R\mathbb{R}, avec (ex)′=ex(e^x)'=e^x. Comme ex>0e^x>0, elle est strictement croissante sur R\mathbb{R}.

Pour tout réel aa, la fonction t↦eatt\mapsto e^{at} est dérivable sur R\mathbb{R} et

(eat)′=a eat\left(e^{at}\right)'=a\,e^{at}

C'est le résultat admis en partie 1 pour b=0b=0. Pour aa et bb réels, eax+b=eb×eaxe^{ax+b}=e^b\times e^{ax} : la dérivée est donc eb×a eax=a eax+be^b\times a\,e^{ax}=a\,e^{ax+b}.

Exemples.

  • f(x)=e3xf(x)=e^{3x} : f′(x)=3e3xf'(x)=3e^{3x}.
  • g(x)=e−2x+1=e×e−2xg(x)=e^{-2x+1}=e\times e^{-2x} : g′(x)=e×(−2)e−2x=−2e−2x+1g'(x)=e\times(-2)e^{-2x}=-2e^{-2x+1}.
  • h(x)=5ex/2h(x)=5e^{x/2} : h′(x)=52ex/2h'(x)=\dfrac{5}{2}e^{x/2}.

Pour un produit ou un quotient, tu appliques les formules du chapitre précédent, puis tu factorises par l'exponentielle.

Exemple. f(x)=(x+1)exf(x)=(x+1)e^x. Avec u=x+1u=x+1 et v=exv=e^x : f′(x)=1×ex+(x+1)ex=(x+2)exf'(x)=1\times e^x+(x+1)e^x=(x+2)e^x.

Comme ex>0e^x>0, f′(x)f'(x) a le signe de x+2x+2 : ff décroît sur ]−∞ ; −2]]-\infty\,;\,-2] et croît sur [−2 ; +∞[[-2\,;\,+\infty[.

La courbe de l'exponentielle.

  • Elle passe par A(0 ; 1)A(0\,;\,1) et par (1 ; e)(1\,;\,e).
  • La tangente en AA a pour équation y=x+1y=x+1 (car f′(0)=e0=1f'(0)=e^0=1).
  • Elle est au-dessus de l'axe des abscisses, et reste au-dessus de sa tangente en AA : ex⩾x+1e^x\geqslant x+1 (démonstration ci-dessous).
  • Quand xx devient très négatif, exe^x se rapproche de 00 ; quand xx devient très grand, exe^x devient très grand (lecture graphique).
-3-2-1123-112345678y = eˣy = e⁻ˣA(0 ; 1)
Les courbes de eˣ et de e⁻ˣ, et la tangente y = x + 1 en 0

Pourquoi ex⩾x+1e^x\geqslant x+1 ? Étudions h(x)=ex−x−1h(x)=e^x-x-1. On a h′(x)=ex−1h'(x)=e^x-1. Comme exe^x est croissante et e0=1e^0=1 : h′(x)<0h'(x)<0 si x<0x<0 et h′(x)>0h'(x)>0 si x>0x>0.

Donc hh admet un minimum en 00, égal à h(0)=1−0−1=0h(0)=1-0-1=0. Ainsi h(x)⩾0h(x)\geqslant 0, c'est-à-dire ex⩾x+1e^x\geqslant x+1 pour tout réel xx.

Le graphique montre aussi la symétrie entre exe^x et e−xe^{-x} : leurs courbes sont symétriques par rapport à l'axe des ordonnées.

Les courbes de t↦ektt\mapsto e^{kt} et de t↦e−ktt\mapsto e^{-kt} (avec k>0k>0)

-2-112123456e^(2x)e^xe^(0,5x)e^(−x)
Influence de k : les courbes de x ↦ e^(kx) passent toutes par (0 ; 1)

Influence de kk. Pour k>0k>0, les courbes de t↦ektt\mapsto e^{kt} et de t↦e−ktt\mapsto e^{-kt} passent toutes par le point (0 ; 1)(0\,;\,1). La tangente en ce point a pour coefficient directeur kk pour ekte^{kt} et −k-k pour e−kte^{-kt} :

  • t↦ektt\mapsto e^{kt} est croissante, et d'autant plus vite que kk est grand ;
  • t↦e−ktt\mapsto e^{-kt} est décroissante et se rapproche de 00 quand tt grandit ;
  • les deux courbes sont symétriques par rapport à l'axe des ordonnées.

Exemple. e2te^{2t} monte plus vite que ete^{t}, qui monte plus vite que e0,5te^{0{,}5t}. De même e−2te^{-2t} décroît plus vite que e−te^{-t}.

⚠️ Pièges :

  • (e2x)′=2e2x(e^{2x})'=2e^{2x}, pas e2xe^{2x}. N'oublie pas le coefficient de xx dans l'exposant.
  • (xex)′(xe^x)' n'est pas exe^x : c'est un produit, donc ex+xex=(x+1)exe^x+xe^x=(x+1)e^x.
  • exe^x est strictement croissante, mais e−xe^{-x} est strictement décroissante (sa dérivée est −e−x<0-e^{-x}<0).

😄 Dériver e2xe^{2x} et oublier le 22, c'est comme monter dans un TGV et oublier la moitié de la vitesse.

💡 Astuce. Après avoir dérivé, factorise toujours par l'exponentielle : f′(x)=e…×(… )f'(x)=e^{\dots}\times(\dots). Le signe se lit alors sur la parenthèse, car l'exponentielle est strictement positive.

5. Équations et inéquations

Propriété. La fonction exponentielle est strictement croissante. Donc, pour tous réels aa et bb :

  • ea=eb  ⟺  a=be^a=e^b\iff a=b ;
  • ea<eb  ⟺  a<be^a<e^b\iff a<b ;
  • ea⩽eb  ⟺  a⩽be^a\leqslant e^b\iff a\leqslant b.

L'exponentielle conserve l'ordre : on peut « enlever » les exponentielles dans une inéquation sans changer le sens.

Exemples.

  • e2x=ex+3  ⟺  2x=x+3  ⟺  x=3e^{2x}=e^{x+3}\iff 2x=x+3\iff x=3.
  • e3x−1=1  ⟺  e3x−1=e0  ⟺  3x−1=0  ⟺  x=13e^{3x-1}=1\iff e^{3x-1}=e^0\iff 3x-1=0\iff x=\dfrac{1}{3}.
  • e−x<e2  ⟺  −x<2  ⟺  x>−2e^{-x}<e^{2}\iff -x<2\iff x>-2 (ici, c'est le −x-x qu'on compare, on change le sens en isolant xx).
  • ex>−5e^x>-5 est vraie pour tout réel xx, car ex>0>−5e^x>0>-5.
  • ex=−2e^x=-2 n'a aucune solution.

Équations qui se ramènent au second degré. On pose X=exX=e^x (avec X>0X>0), on résout en XX, puis on revient à xx.

Exemple. e2x−(1+e) ex+e=0e^{2x}-(1+e)\,e^x+e=0.

Posons X=ex>0X=e^x>0 : X2−(1+e)X+e=0X^2-(1+e)X+e=0. Le discriminant vaut Δ=(1+e)2−4e=(e−1)2>0\Delta=(1+e)^2-4e=(e-1)^2>0.

Les racines sont X1=(1+e)−(e−1)2=1X_1=\dfrac{(1+e)-(e-1)}{2}=1 et X2=(1+e)+(e−1)2=eX_2=\dfrac{(1+e)+(e-1)}{2}=e.

Les deux sont strictement positives. ex=1e^x=1 donne x=0x=0 ; ex=ee^x=e donne x=1x=1.

Les solutions sont 00 et 11.

⚠️ Pièges :

  • Quand tu poses X=exX=e^x, il faut rejeter les racines négatives ou nulles : ex=Xe^x=X n'a pas de solution si X⩽0X\leqslant 0.
  • On ne compare des exponentielles qu'après les avoir mises sous la forme e…=e…e^{\dots}=e^{\dots}. Pour ex=5e^x=5, on a besoin d'un outil de Terminale (le logarithme) : en Première, les nombres choisis sont des puissances de ee.
  • Dans une inéquation, ne multiplie pas par une quantité dont tu ne connais pas le signe. L'exponentielle, elle, est toujours positive : tu peux l'utiliser.

😄 Poser X=exX=e^x puis garder la racine négative, c'est signer un chèque avec de l'argent qui n'existe pas.

6. Exponentielle, suites et modélisation

Propriété. Pour tout réel aa, la suite (un)(u_n) définie par un=eanu_n=e^{an} est géométrique de raison eae^a, de premier terme u0=1u_0=1.

En effet un+1=ea(n+1)=ean×ea=ea unu_{n+1}=e^{a(n+1)}=e^{an}\times e^{a}=e^a\,u_n.

  • Si a>0a>0 : ea>1e^a>1, la suite est croissante et tend vers +∞+\infty.
  • Si a<0a<0 : 0<ea<10<e^a<1, la suite est décroissante et se rapproche de 00.

Modéliser une évolution. Une grandeur qui suit la loi f(t)=C ektf(t)=C\,e^{kt} (avec C>0C>0) est :

  • en croissance exponentielle si k>0k>0 ;
  • en décroissance exponentielle si k<0k<0 (désintégration, élimination d'un médicament, refroidissement).

La vitesse d'évolution est f′(t)=k f(t)f'(t)=k\,f(t) : elle est proportionnelle à la quantité présente.

Exemple. N(t)=500e0,4tN(t)=500e^{0{,}4t} (bactéries, tt en heures). On a N(0)=500N(0)=500 et N′(t)=200e0,4t>0N'(t)=200e^{0{,}4t}>0 : la population augmente, et de plus en plus vite.

Python et les seuils. Pour trouver à partir de quelle heure N(t)N(t) dépasse 10 00010\,000, on teste les entiers un par un :

from math import exp

def seuil():
    t = 0
    while 500 * exp(0.4 * t) <= 10000:
        t = t + 1
    return t

print(seuil())   # affiche 8

On obtient t=8t=8 : N(7)≈8 222N(7)\approx 8\,222 et N(8)≈12 266N(8)\approx 12\,266. La population passe au-dessus de 10 00010\,000 entre la 7e et la 8e heure : elle dépasse 10 00010\,000 au bout de 88 heures.

💡 Astuce. Dans un problème de modélisation, conclus avec une phrase et une unité : « La population dépasse 10 00010\,000 bactéries au bout de 88 heures. »

Évolution discrète et évolution continue

Deux modèles décrivent une évolution de la même façon, l'un par pas, l'autre à chaque instant :

Temps discretTemps continu
Variable nn entier (année, heure...) tt réel
Loi d'évolution un+1=q unu_{n+1}=q\,u_n (suite géométrique) f′(t)=k f(t)f'(t)=k\,f(t)
Formule un=u0 qnu_n=u_0\,q^n f(t)=C ektf(t)=C\,e^{kt}

Le lien. Si q=ekq=e^k, alors un=u0 ekn=f(n)u_n=u_0\,e^{kn}=f(n) avec f(t)=u0 ektf(t)=u_0\,e^{kt} : les points (n ; un)(n\,;\,u_n) d'une suite géométrique de raison eke^k sont sur la courbe d'une fonction exponentielle. La suite ne regarde la grandeur qu'aux instants entiers, la fonction la suit à tout instant.

Exemple : un capital de 10001000 € à 5 %5\,\%. En temps discret (intérêts versés chaque année), un=1000×1,05nu_n=1000\times1{,}05^n. En temps continu, on modélise par C(t)=1000 e0,05tC(t)=1000\,e^{0{,}05t}.

from math import exp

for n in (0, 5, 10):
    print(n, round(1000 * 1.05 ** n, 2), round(1000 * exp(0.05 * n), 2))
nn (années)00551010
Modèle discret unu_n (€) 10001000 1276,281276{,}28 1628,891628{,}89
Modèle continu C(n)C(n) (€) 10001000 1284,031284{,}03 1648,721648{,}72

Les deux modèles sont proches mais différents : e0,05≈1,0513e^{0{,}05}\approx1{,}0513, donc le modèle continu correspond à une augmentation annuelle d'environ 5,13 %5{,}13\,\% et non 5 %5\,\%.

Modélisation : capital, décroissance radioactive, dilution

Capital. Un capital de 10001000 € qui croît selon C(t)=1000 e0,05tC(t)=1000\,e^{0{,}05t} (tt en années) a plus que doublé au bout de 1414 ans : e0,7≈2,014e^{0{,}7}\approx2{,}014. Au bout de 1313 ans, ce n'est pas encore le cas : e0,65≈1,916e^{0{,}65}\approx1{,}916.

Décroissance radioactive. Le nombre de noyaux d'un échantillon vaut N(t)=N0 e−0,1tN(t)=N_0\,e^{-0{,}1t} (tt en jours). Après 1010 jours, il reste e−1≈37 %e^{-1}\approx37\,\% des noyaux.

La demi-vie est la durée au bout de laquelle la moitié des noyaux a disparu, c'est-à-dire l'instant tt où N(t)=N02N(t)=\dfrac{N_0}{2}, soit e−0,1t=0,5e^{-0{,}1t}=0{,}5. Résoudre exactement cette équation demande le logarithme (Terminale), mais un script de seuil donne le premier entier tt tel que e−0,1t⩽0,5e^{-0{,}1t}\leqslant0{,}5 :

from math import exp

t = 0
while exp(-0.1 * t) > 0.5:
    t = t + 1
print(t)   # affiche 7

On a e−0,6≈0,549>0,5e^{-0{,}6}\approx0{,}549>0{,}5 et e−0,7≈0,497⩽0,5e^{-0{,}7}\approx0{,}497\leqslant0{,}5 : la demi-vie est comprise entre 66 et 77 jours (un pas plus fin donne environ 6,96{,}9 jours).

Dilution. Dans un bassin de volume constant dont on renouvelle l'eau en continu, la quantité de polluant suit la loi Q(t)=Q0 e−0,08tQ(t)=Q_0\,e^{-0{,}08t} (tt en heures). Sa vitesse de variation est Q′(t)=−0,08 Q(t)Q'(t)=-0{,}08\,Q(t) : elle est proportionnelle à la quantité présente. Version discrète : si 8 %8\,\% du polluant part chaque heure, Qn+1=0,92 QnQ_{n+1}=0{,}92\,Q_n. Au bout de 1010 heures, il reste 0,9210≈43 %0{,}92^{10}\approx43\,\% du polluant dans le modèle discret et e−0,8≈45 %e^{-0{,}8}\approx45\,\% dans le modèle continu.

Algorithmique : valeur approchée de ee, méthode d'Euler

La méthode d'Euler construit point par point une approximation de la solution de y′=yy'=y avec y(0)=1y(0)=1, c'est-à-dire de la fonction exponentielle. On connaît un point (xk ; yk)(x_k\,;\,y_k) de la courbe et la pente de la tangente en ce point : f′(xk)=f(xk)=ykf'(x_k)=f(x_k)=y_k. On avance d'un pas hh le long de cette tangente (approximation affine f(x+h)≈f(x)+f′(x) hf(x+h)\approx f(x)+f'(x)\,h) :

xk+1=xk+hyk+1=yk+h yk=(1+h) ykx_{k+1}=x_k+h\qquad y_{k+1}=y_k+h\,y_k=(1+h)\,y_k

La suite (yk)(y_k) est géométrique de raison 1+h1+h : yk=(1+h)ky_k=(1+h)^k. Voici un script qui construit les listes des abscisses et des ordonnées :

def euler(h, n):
    X = [0]
    Y = [1]
    for k in range(n):
        X.append(X[-1] + h)
        Y.append(Y[-1] + h * Y[-1])
    return X, Y

X, Y = euler(0.5, 4)
print(X)   # [0, 0.5, 1.0, 1.5, 2.0]
print(Y)   # [1, 1.5, 2.25, 3.375, 5.0625]
0.511.5212345678exp
La courbe de exp (bleu) et la ligne brisée d'Euler de pas 0,5 (rouge)

Plus le pas est petit, plus la ligne brisée colle à la courbe. En x=2x=2, la valeur exacte est e2≈7,389e^2\approx7{,}389 :

Pas hh0,50{,}50,10{,}10,010{,}01
yy en x=2x=2 (méthode d'Euler) 5,06255{,}0625 6,72756{,}7275 7,31607{,}3160

Avec nn pas de longueur h=1nh=\dfrac1n entre 00 et 11, on obtient yn=(1+1n)ny_n=\left(1+\dfrac1n\right)^n, qui approche e1=ee^1=e :

nn101010010010001000
(1+1n)n\left(1+\frac1n\right)^n 2,59372{,}5937 2,70482{,}7048 2,71692{,}7169

La valeur de ee est 2,7182818…2{,}7182818\dots : plus le pas est petit, meilleure est l'approximation.

for n in (10, 100, 1000):
    print(n, round((1 + 1 / n) ** n, 4))

Tu as maintenant le cours. Passe aux trois fiches, aux exercices de synthèse, puis au Guide de rédaction du chapitre.

Un doute sur ce chapitre ? On en parle ensemble, sans engagement.

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