Première Spé Maths / Chapitre 1 : Second degré
Second degré : le cours
Le second degré, c'est l'art de comprendre une parabole : où elle passe, où elle monte et où elle redescend, où elle coupe l'axe des abscisses. On y retrouve la courbe d'un ballon lancé en l'air, l'aire maximale d'un enclos, le bénéfice maximal d'une entreprise.
Ce chapitre est un excellent entraînement à la rédaction : le discriminant, les racines et la conclusion s'écrivent toujours de la même façon.
Dans tout le cours, tu verras des astuces 💡, des pièges ⚠️ et un peu d'humour 😄.
🎯 Comment utiliser ce cours
- Lis une partie, puis fais tout de suite la fiche correspondante.
- Retiens le fil rouge du chapitre : tout se lit sur , et le sommet .
- Quand tu utilises le discriminant, rédige toujours de la même façon : calcule-le, donne son signe, puis conclus.
1. Les trois formes d'une fonction polynôme du second degré
Une fonction définie sur par () est une fonction polynôme du second degré. Sa courbe est une parabole.
- Forme développée : . Elle donne .
- Forme canonique : . Elle donne le sommet .
- Forme factorisée : . Elle donne les racines et (quand elles existent).
Chaque forme répond mieux à certaines questions : on apprend plus loin à choisir la forme adaptée (partie 9).
2. Forme canonique et complétion du carré
Toute fonction polynôme du second degré admet une forme canonique : la démonstration générale est donnée en fin de cours. Dans les cas simples, on la détermine par la complétion du carré, à l'aide de l'identité suivante.
Identité de complétion du carré. Pour tous réels et :
Elle vient de . Pour compléter le carré, on repère le coefficient de , on le divise par pour trouver , puis on retranche .
Exemples.
- (ici , donc ).
- .
- .
- Si , on factorise d'abord par les termes en et en : .
Le sommet se lit alors sur la forme canonique : . Ici pour .
💡 Astuce. Vérifie toujours une forme canonique en la développant : tu dois retrouver la forme de départ.
💡 Raccourci, pas un attendu du programme. Le programme demande de savoir déterminer la forme canonique dans des cas simples, par complétion du carré. Mener le calcul en toute généralité (c'est ce que fait la démonstration en fin de cours) donne ; on peut alors obtenir en calculant . Tu peux utiliser ce raccourci pour gagner du temps, mais c'est la complétion du carré qu'il faut savoir mener.
3. Le discriminant et les racines
Le discriminant de est .
Théorème. L'équation admet :
- si : deux solutions réelles distinctes et ;
- si : une solution (double) ;
- si : aucune solution réelle.
Pourquoi ? Avec la forme canonique : . Un carré ne peut valoir qu'un nombre positif ou nul : le signe de décide (démonstration complète en fin de cours).
⚠️ Aucun ordre imposé. Les noms et désignent seulement les deux valeurs données par les formules. Si , on a : par exemple, pour , la formule donne et . Dans un tableau de signes, range toujours les racines dans l'ordre croissant.
4. Somme et produit des racines
Si (ou en comptant la racine double deux fois), . En développant le second membre, on obtient . En identifiant avec :
Racine évidente. Si , alors est racine et l'autre racine est . Si , alors est racine et l'autre est .
Plus généralement, quand tu connais une racine , la somme ou le produit donne l'autre sans calculer : ou .
Exemple. Pour : , donc est racine, et l'autre racine est .
🚀 Approfondissement du programme (facultatif). Deux nombres de somme et de produit sont les racines de la fonction , quand elle en a. Exemple : deux nombres de somme et de produit sont les solutions de , soit et .
5. Factorisation
- Si : .
- Si : .
- Si : la fonction ne se factorise pas dans .
Réciproquement, si sont deux réels, les fonctions polynômes du second degré qui s'annulent en et en sont exactement les fonctions avec . Une condition supplémentaire (une valeur, l'ordonnée du sommet...) fixe le réel .
Diversifie les stratégies. Avant de calculer , regarde si une factorisation directe est possible :
| Situation | Méthode | Exemple |
|---|---|---|
| facteur commun | ||
| , et et de signes contraires | différence de deux carrés | ; ; |
| identité remarquable | reconnaître | ; |
| racine apparente | tester , , , ..., puis trouver l'autre racine par la somme ou le produit | s'annule en ; l'autre racine est , donc |
| et racines entières | chercher deux entiers de somme et de produit | : somme , produit , donc et : ; : somme , produit , donc et : |
| aucun cas simple | formules générales avec | : , racines et , donc |
⚠️ ne se factorise pas dans : une somme de deux carrés n'a pas de racine réelle. Et n'oublie jamais le facteur : et non .
6. Signe d'une fonction polynôme du second degré
D'abord, sans : la forme factorisée. Si avec , le signe se lit sur un tableau de signes. Chaque facteur est un terme du premier degré : il est négatif avant , nul en , positif après.
Il reste à multiplier par : si , tous les signes de la dernière ligne sont changés.
Signe à partir de la forme factorisée. Si avec : est du signe de à l'extérieur des racines et du signe contraire de entre les racines.
Exemple. : racines et , . Donc pour et pour .
Si les facteurs sont écrits , on cherche la racine de chaque facteur et on garde le signe de après cette racine. Par exemple, s'annule en et en , et le coefficient de vaut : l'expression est positive entre et .
Ensuite, avec : la forme développée.
- : la fonction est du signe de à l'extérieur des racines, et du signe contraire de entre les racines.
- : la fonction est du signe de , et nulle en .
- : la fonction est du signe de pour tout réel .
Le signe permet de résoudre les inéquations : on cherche les racines, on repère le signe de , on lit le résultat sur un tableau de signes ou sur un croquis de la parabole.
7. Variations et sommet
Lis la forme canonique . La fonction est décroissante sur et croissante sur (c'est la fonction carré, translatée). Multiplier par conserve le sens de variation, multiplier par l'inverse, et ajouter ne le change pas. La parabole est symétrique par rapport à la droite d'équation .
- Si : est décroissante sur , croissante sur . Elle admet un minimum atteint en (parabole tournée vers le haut).
- Si : est croissante sur , décroissante sur . Elle admet un maximum atteint en (parabole tournée vers le bas).
💡 Astuce. Si la fonction a deux racines et , l'axe de symétrie passe par leur milieu : . Pour , on trouve puis .
8. Équations qui se ramènent au second degré
Le programme propose des problèmes variés, notamment d'origine géométrique, qui se ramènent à une équation du second degré. La démarche est toujours la même :
- choisir l'inconnue et préciser les valeurs qu'elle peut prendre (une longueur est positive) ;
- traduire l'énoncé par une équation ;
- tout passer dans un membre, développer, réduire, pour obtenir ;
- résoudre (factorisation directe ou ) ;
- ne garder que les solutions qui ont un sens dans le problème, puis conclure par une phrase.
Exemple 1. Un rectangle a un côté de cm de plus que l'autre et une aire de cm². On note le plus petit côté, en cm, avec . Alors , soit . , donc ou . Comme , seule convient : le rectangle mesure cm sur cm.
Exemple 2. (somme , produit ). .
🚀 Pour aller plus loin, hors programme. Certaines équations se ramènent au second degré par un changement de variable : une équation bicarrée avec (il faut garder les ), ou une équation avec des fractions, que l'on met au même dénominateur en excluant les valeurs interdites. Par exemple, donne , donc ou , soit . Ces méthodes ne sont pas au programme de Première : elles ne sont pas exigibles et n'apparaissent ni dans les QCM, ni dans les exercices du chapitre.
⚠️ Pièges :
- Oublier de calculer avant de donner les racines (quand aucune factorisation directe n'est possible).
- Écrire avec mal placé : la racine porte sur tout entier.
- Garder une solution sans sens dans le contexte (une longueur négative, par exemple).
- Oublier de renverser le sens d'une inéquation en multipliant par un nombre négatif.
- Confondre « la fonction est positive » et « est positif ».
😄 Un discriminant négatif, c'est comme un rendez-vous manqué : la parabole ne rencontre jamais l'axe des abscisses.
9. Choisir la forme adaptée
Une même fonction s'écrit sous trois formes. Prenons . On vérifie que
| Question | Forme à utiliser | Résultat |
|---|---|---|
| Calculer , ou comparer à une valeur lue sur l'ordonnée à l'origine | développée | |
| Résoudre , étudier le signe de | factorisée | ; sur |
| Trouver l'extremum, le sommet, les variations | canonique | minimum atteint en |
| Résoudre | canonique | , donc |
| Résoudre | développée | , donc |
Le bon réflexe : regarde la question avant de choisir la forme, puis passe d'une forme à l'autre si besoin (développer, factoriser, compléter le carré).
10. Le second degré, terrain d'essai pour des notions générales
Les fonctions polynômes du second degré servent à illustrer, sur des calculs simples, des notions que tu retrouveras dans toute l'analyse.
Taux de variation. Pour , le taux de variation de entre et est . Pour :
Son signe donne le sens de variation. Par exemple, si et , alors , donc : est croissante sur .
Fonction dérivée (un avant-goût du chapitre 3). Prenons avec : le taux de variation vaut . Quand devient très proche de , il se rapproche de . Cette valeur est le nombre dérivé de en . On en déduit la fonction dérivée :
Elle s'annule en , l'abscisse du sommet, et son signe donne les variations de . Pour : , qui s'annule en , négative avant et positive après, ce qui retrouve le minimum en .
Lien avec la variance (statistique et probabilités). Pour une série de moyenne et de variance , la fonction est une fonction polynôme du second degré en . En écrivant et en utilisant , on obtient
C'est une forme canonique : est minimale en , et son minimum est la variance . (Application dans la fiche 3.)
11. Vocabulaire et logique du chapitre
- Identité, équation. est vraie pour tout réel : c'est une identité. n'est vraie que pour certaines valeurs : c'est une équation, est l'inconnue et on cherche l'ensemble de ses solutions.
- Variable, inconnue, paramètre. Dans , est la variable. Dans , est l'inconnue et un paramètre : un réel fixé mais quelconque, dont dépend le nombre de solutions.
- Équivalence. « » « l'équation n'a aucune solution réelle ». Un raisonnement par disjonction des cas : , ou .
- Implication, condition suffisante, condition nécessaire. « Si , alors » : est une condition suffisante pour avoir deux racines, mais pas nécessaire. La réciproque « si , alors » est fausse : contre-exemple , avec et . La contraposée de l'implication de départ est « si , alors » : elle est vraie.
- Quantificateurs. « Pour tout réel , » est vraie. Sa négation est « il existe un réel tel que » : elle est fausse. Le « pour tout » est souvent implicite : « le produit de deux nombres négatifs est positif » signifie « pour tous réels négatifs ... ».
- Connecteurs et ensembles. ou . Une inéquation a pour solution une réunion ou une intersection d'intervalles : , ou . Le complémentaire de dans est .
12. Un peu d'histoire : Diophante et Al-Khwârizmî
La formule du discriminant est l'aboutissement d'un long cheminement. On trouve chez Diophante, puis chez Al-Khwârizmî, des méthodes de résolution des équations du second degré. Le travail novateur d'Al-Khwârizmî reste en partie tributaire de la tradition : il utilise des considérations géométriques équivalentes à la forme canonique, et il est limité par l'état alors embryonnaire de la notation algébrique et par l'absence des nombres négatifs. Les méthodes actuelles sont un aboutissement de ce cheminement vers un formalisme efficace et concis.
Une méthode géométrique, dans cet esprit. Cherchons le nombre positif tel que . On dessine un carré de côté , et on lui accole deux rectangles de dimensions et (ce sont les en deux moitiés). Pour obtenir un grand carré, il manque un petit carré de côté , d'aire .
Le grand carré a pour côté et pour aire . Donc et . C'est exactement l'identité de la complétion du carré, avec . Cette méthode ne trouve que la solution positive : l'autre solution, , n'avait aucun sens dans un monde sans nombres négatifs.
Du texte au programme. Pour avec et , la méthode se traduit en un algorithme : calculer (l'aire du grand carré), en prendre la racine carrée (son côté), puis retrancher . Voir la partie 13 et l'exercice 8 de la fiche 3.
13. Python
from math import sqrt
def racines(a, b, c):
"""Renvoie la liste des solutions réelles de ax² + bx + c = 0."""
delta = b*b - 4*a*c
if delta > 0:
return [(-b - sqrt(delta))/(2*a), (-b + sqrt(delta))/(2*a)]
if delta == 0:
return [-b/(2*a)]
return []
💡 racines(1, -5, 6) renvoie [2.0, 3.0], racines(1, 2, 1) renvoie [-1.0], racines(1, 0, 1) renvoie [] (la liste vide : aucune solution réelle).
On peut aussi générer une liste en compréhension pour chercher les entiers qui vérifient une inéquation, puis la parcourir :
solutions = [x for x in range(-10, 11) if x*x - 3*x - 4 <= 0]
print(solutions) # [-1, 0, 1, 2, 3, 4]
for x in solutions:
print(x, x*x - 3*x - 4)
La condition de la liste est celle de l'inéquation , dont l'ensemble solution est : les entiers de cette liste sont ceux de l'intervalle.
Enfin, la méthode géométrique de la partie 12 devient une fonction :
from math import sqrt
def solution_positive(p, q):
"""Solution positive de x² + p x = q (p > 0 et q > 0)."""
grand_carre = q + (p/2)**2 # aire du grand carré
return sqrt(grand_carre) - p/2 # côté du grand carré, moins p/2
solution_positive(6, 16) renvoie 2.0.
14. Les 10 pépites du chapitre
- Cherche d'abord une factorisation directe ; sinon calcule en premier et donne son signe.
- Forme canonique : complétion du carré, , et vérifie en développant.
- Sommet : minimum si , maximum si .
- Racine évidente : teste , , avant de calculer ; racines entières par somme et produit.
- Factorise avec : n'oublie pas le facteur .
- Signe : signe de à l'extérieur des racines (avec ou sans ).
- Somme et produit : et .
- Choisis la forme adaptée à la question : développée, canonique ou factorisée.
- Paramètre : étudie le signe de en fonction de .
- Conclus par une phrase avec l'ensemble , en vérifiant que les solutions ont un sens.
Démonstration au programme : résolution de l'équation du second degré
Le programme officiel demande de savoir démontrer les formules de résolution. La preuve tient en trois étapes : la forme canonique (calculée ici dans le cas général, ce qui n'est pas un attendu pour une fonction donnée), puis un cas par signe de .
Démonstration. Soit . On factorise par puis on reconnaît le début d'un carré :
On réduit au même dénominateur, ce qui fait apparaître :
Cas 1 : . Le crochet est la somme d'un carré et d'un nombre strictement positif : il n'est jamais nul. L'équation n'a aucune solution réelle.
Cas 2 : . Il reste , donc une seule solution .
Cas 3 : . On factorise la différence de deux carrés avec :
Un produit est nul si un facteur est nul : on obtient les deux solutions et .
💡 Astuce. On voit aussi pourquoi la somme et le produit des racines valent et : il suffit de développer .
Position du graphe de
La forme canonique se lit comme une translation. C'est le lien entre la courbe de que tu connais et toutes les paraboles.
Propriété. La courbe de est l'image de la courbe de par la translation de vecteur .
- décale la courbe de vers la droite (vers la gauche si ) ;
- la décale de vers le haut.
Exemple. est la courbe de translatée de vers la droite et de vers le haut : son sommet est .
⚠️ Piège classique. décale vers la droite, pas vers la gauche : le sommet de est en . 😄 Les signes se vengent toujours quand on les croit intuitifs.
15. Ce qui peut tomber en contrôle
- Des formes canoniques (complétion du carré), factorisations (directes ou avec ) et signes, avec sommet et variations (fiche 1).
- Des équations et inéquations du second degré (fiche 2).
- Des problèmes concrets (aire maximale, trajectoire, bénéfice), le choix de la forme adaptée et des paramètres (fiche 3 et exercices de synthèse).
Tu as maintenant le cours. Passe aux trois fiches, aux exercices de synthèse, puis au Guide de rédaction du chapitre.
Un doute sur ce chapitre ? On en parle ensemble, sans engagement.
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